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8 janvier 2010 5 08 /01 /janvier /2010 17:00
VOEUX 2010                                                                                                         Année qui commence...

L'image a été prise à l'île de la Réunion au matin d'une journée où le soleil et la brume n'allaient pas cesser leur amoureux et changeant ballet. Passage : trait pictural de réunion entre jour naissant et nuit, entre ciel et terre, entre deux années enfin dans un lointain que le besoin et l'envie de chacun veulent voir plus serein que brumeux et voilé... plus serein parce que, justement ! un peu brumeux et voilé : l'Espérance.


"L'Espérance, c'est un phénomène assez particulier que nous avons souvent du mal à discerner et qu’il faut, à mon sens, distinguer de  l’espoir. L’espoir... on s’y raccroche plus ou moins désespérément avec plus ou moins de conviction, de presque résignation : c’est une bouée de sauvetage, un mieux à venir et vague qu‘on évoque ou qu’on invoque, une presque vue de l’esprit.

 

SDC10520webL’Espérance, en revanche, c’est déjà la rive aperçue. C’est une présence, une présence que l’on ressent auprès de soi d’une façon presque palpable lorsqu’on retrouve un peu de calme et de sérénité après un long tunnel, une descente de rapides, une traversée du désert. Elle nous fait percevoir, ressentir, une sorte de détente de notre être. Nous portons tout à coup un regard différent sur les êtres et les choses - peut-être est-ce parce que, grâce à elle, nous devenons plus réceptifs : nous les percevons. Invisible mais palpable, c’est elle que nous percevons, elle qui se manifeste à travers les êtres et les choses : mystère de l’incarnation. Elle est là, véritablement réelle. Une vraie réalité.

 

Réalité qui vient... je dirais plutôt : qui est rendue possible - j’insiste sur ce point - par une détente de soi, une décrispation, un déraidissement... de nos envies, de nos passions, de nos manques, de nos obsessions. Parce que, peut-être, sommes-nous aller suffisamment loin, trop loin, parce que c’était trop, au-delà de nos limites, nous abandonnons : nous nous abandonnons enfin. Et nos limites se repoussent et nous ramènent à nos rives qu’à nouveau nous apercevons. C’est à ce moment-là que nous nous sentons tenus, que nous réalisons qu’au lieu de couler nous flottons... Comme, cessant de se débattre, un naufragé dirait : « Je n’en peux plus, j’arrête », et se rendrait compte alors qu’il fait la planche, qu’il ne coule pas forcément. Forcément pas : il sent - l’Espérance est de cet ordre-là - il sent que l’eau le porte. Quand je parle de l’Espérance, quand j’utilise ce mot-là, c’est à cela que je pense : à une eau que tout à coup on n’agite ni ne trouble plus.

SDC10511web-copie-1.JPGCette présence, la toile de ce fond n’est pas permanente : la nécessité seule doit faire loi. Nous n’avons pas tout le temps besoin d’elle - pitié pour elle et pour ceux qui, plus que nous parfois, s’affolent. Soulagés de retrouver nos rives et de peut-être y accéder, nous devons moins dire « Bon ! maintenant, je suis tranquille pour quelque temps » que d’abord « Je vais  me sécher », et nous rendre compte ensuite que nous pouvons marcher. L’Espérance devient vos jambes. Et plutôt que d’être emportés par un courant, de nager à contre-courant, de nous vouloir écouler plus vite, nous nous rendons compte que nous avons des facultés, des pouvoirs, des muscles et que nous pouvons nous porter nous-mêmes, que nous nous appartenons à nouveau en pleine propriété. Ce sentiment est formidable et, de plus, assorti d’une joie intérieure et vraie. La compagnie que nous cherchons n’est plus pour que nous soyons gardés, mais pour que nous offrions notre générosité et notre savoir vécu. Il devient aisé de s’apercevoir que nous côtoyons des gens qui se sentent seuls - ou qui le sont de fait -, autant ou plus que nous avons pu nous sentir seuls - ou que, de fait, nous l’avons été - et avec lesquels nous avons un immense capital de générosité à faire fructifier pour le partager, de même qu’un savoir-vécu qui ne va qu’en s’augmentant au fur et à mesure que nous avançons en âge.

A condition de ne pas s’aigrir. Ce n’est pas facile, ni toujours dépendant de notre volonté. Je crois que nous sommes victimes de l’aigreur, qu’elle nous tombe dessus. Je ne pense pas que nous la cultivions, pas plus qu‘un boitement que la peur d‘avoir mal nous habitue à conserver. J’en reviens à cette idée de raideur - qu’on pourrait dire : raideur de l’âme, de l’esprit, de l’affectif. L’Espérance n’est pas le contraire de l’aigreur - ce verrou n’est pas le sien mais le nôtre. Alors que l’espoir nous laisse passifs, nous permet d’attendre quelque coup de baguette magique qui ferait disparaître comme par enchantement l’aigreur - puisque nous en parlons -, l’Espérance est une action délibérée, une volonté libérée que nous assumons, que nous acceptons de prendre à notre compte, de porter. J’ai eu la chance et la joie de la reconnaître à certains moments, et elle m’a tellement apporté... En même temps, j’ai appris à travailler et à cultiver non pas l’aigreur mais plutôt la détente et la décontraction.

Ai-je choisi le « meilleur camp » ? Je vous laisse juge... Ce n’est pas toujours facile. J’ai un adage : « C’est dur mais c’est intéressant ». Je crois que tout est atteignable... Les prix à payer sont différents selon les directions, les altitudes visées... D’ailleurs à tous ces mots-là, je préfère celui d’amplitude. Le fait d’être comédien n’aide pas peu à avoir ce genre d’attitude et d’écoute de soi-même, ce qui fait nécessairement déboucher sur l’écoute des autres. Cela fait partie d’une formation de base, assorti d’une sorte de... talent, dirons-nous. Je crois être ainsi fait. Je ne l’ai pas appris mais j’ai appris à me connaître. Et à connaître les autres aussi. Une chose a été très importante pour moi, essentielle dans mon parcours : je me suis occupé de petits enfants - je m’en occupe encore d’ailleurs, autant que possible et pour autant que le Ministère de l’Education Nationale nous laisse les moyens de le faire.

DSC00313webJe m’occupe d’enfants à partir du C.P. C’est beaucoup dire qu’à ce niveau je fais faire du théâtre... Mon objectif, dans le « travail » que je fais avec enfants, est moins de les faire jouer que de faire en sorte qu’ils se sentent en paix avec eux-mêmes, qu’ils trouvent leurs propres repères d’espace et de temps afin qu’ils soient - à sept ans déjà, ils en ont besoin - réconciliés avec eux-mêmes, qu’ils soient rassurés, qu’ils sachent qu’ils sont des « gens biens ». Les enfants sont des spectateurs à part entière, exclusive : jusqu’à l’adolescence, un enfant ne fait que recevoir ce qu’on lui propose - ou lui impose. Si, parallèlement, il ne fait pas connaissance avec lui-même, il se retrouve au moment de l’adolescence dans une espèce de cocotte-minute terrible. C’est alors que surviendra ce que l’on appelle les crises d’adolescence : tout éclate, tout explose.

Il faut évidemment entendre ce principe appliqué à tout adulte confronté à tout système. Dans mon travail sur ce rapport, mon objectif est l’adaptation réciproque et alternative des deux. Et travaillant toujours pour l’homme en perpétuel devenir, il faut malheureusement souvent travailler contre les systèmes qui ne devraient être que des jalons provisoires, des témoins d’évolution alors qu‘ils demeurent autant d’habits taillés sur mesure dont nous ne pouvons faire autrement que de défaire les coutures - ce qui est un moindre mal : le tissu parfois se déchire, quand ce n‘est pas l‘homme qui, pour s’y adapter, s’atrophie.

 

Durant les moments passés avec les enfants, moments perlés de petits miracles, je vois des êtres en devenir qui se réconcilient avec eux-mêmes, trouvent leurs propres modes de fonctionnement et s’avèrent être absolument capables de les adapter à des systèmes imposés - système scolaire, en l’occurrence. Les classes avec lesquelles je travaille sont partagées en deux groupes : l’un qui « travaille bien » et l’autre dans lequel se posent des problèmes. C’est évidemment avec ce dernier que j’ai le sentiment de faire un vrai travail théâtral, avec des enfants qui révèlent une attitude, une écoute, une aisance qui correspondent en même temps au besoin viscéral qu’ils ont de parvenir à s’exprimer. Non pas d’être quelqu’un d’autre mais eux-mêmes - je fais en sorte qu’ils ne jouent pas un personnage : je bannis les déguisements, les costumes. Les petits bouts de texte, les phrases que je leur fais dire - qui sont plus des exclamations - sont les leurs. Je les inclue dans un jeu, une mise en espace amusante, voire même absurde. J’aime beaucoup travailler l’absurde avec les enfants parce qu'eux adorent ça. Il y a des séances durant lesquelles je me sens vraiment spectateur parce qu’ils me font me re-sentir. Lorsque je sens que ce que je pressens est là et que ça sort, je sais que l’Espérance nous regarde au fond des yeux et, enchanté, comblé, je ris."

Michel BEATRIX

Entretien avec  Macha Béranger - France Inter : 28.10.2000

Macha-BERENGER.jpg1941-2009
Crédit photos :
1 & 4 : Michel Béatrix - 2 & 3 : Hervé Tharel

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1 novembre 2009 7 01 /11 /novembre /2009 13:34
tous les jours à 20h30 - mercredi : 19h - dimanche : 16h - relâche le lundi
Relâche exceptionnelle le jeudi 19 novembre


Loin des cendres retombées et pourtant encore brûlantes de Troie, l’impossible reconstruction des êtres qui s’échappent plus ils se cherchent. Les cœurs et les veines palpitent et brûlent encore des amours sanglantes d’Hélène : perversion du sens et contagion ardente  des sens… combat de la chair des rois et des dieux.


Quand l’alexandrin n’est plus un mode stylistique, mais la manifestation affolée et sensuelle de la pulsation  des cœurs à corps. Ni faux grec, ni vrai kitch ! 24h chrono : les coulisses diplomatiques du sommet d'un G2. Vie publique - Vie privée. "Point de Vue", "Images du Monde" : le dit grand et beau.


ANDROMAQUE EN PROFONDEUR
par Christian-Yves Pratoussy

AFFICHE-fond.jpg                                                                                                             Photo : Michel Béatrix

     D’ordinaire, ou en tout cas très fréquemment, pour rejoindre sa place, un spectateur de théâtre monte des marches (sans même parler de celui, peu fortuné, qui a réservé à un rang éloigné de la scène ou au poulailler). Et, d’une certaine manière, plus on monte, plus on est au théâtre, étymologiquement entendu, puisque le grec theatron (de thea : l’ « action de regarder ») se rapporte non à ce que l’on voit, mais à l’endroit d’où l’on voit : monter permettrait ainsi d’avoir le plus grand angle de vue possible sur la scène et d’avoir une meilleure perception des intentions dramaturgiques de l’équipe artistique.

 

       Chez Michel Béatrix, si ces effets de perception sont bien ceux-ci, et plus encore, c’est pour une raison absolument inverse. Chez lui, en effet, on « descend ». La dernière fois que nous l’avons vu « en surface », c’était pour une Annonce faite à Marie parfaite (dans une chapelle latérale de l’Abbaye d’Ainay). Mais on pouvait bien deviner que le niveau des hommes et des jours n’était qu’une étape sur le chemin des profondeurs. Depuis deux ans maintenant, Béatrix a en effet installé sa compagnie dans la crypte de l’église Saint-Joseph-des-Brotteaux. Depuis deux ans donc, on est ainsi notamment « descendu » voir un Dom Juan (Molière) exponentiel et un Pilate (Jean-Yves Picq) sincère.

 

       Pour l’heure, c’est Andromaque qui est « représentée ». Mais ce mot convient-il encore au travail de Michel Béatrix ? Tout comme celui de « spectacle », de « spectateur ». Cette problématique du vocabulaire n’est pas accessoire, elle est directement liée à ce qui se joue là (en terme d’enjeu et pas seulement de jeu), et a à voir avec notre préambule historique, mais pas seulement : certes, Béatrix fait œuvre anthropologique en accédant à une acception fondatrice et fondamentale du théâtre, mais il le fait d’une manière plus que moderne. Comme si, l’avenir nous le confirmera peut-être, il anticipait la pratique théâtrale des temps prochains, époque où ne seront plus que souvenirs les spectacles, au sens le plus commerciale du terme, d’aujourd’hui (et où le spectateur renoncera à ses pratiques de consommation pour privilégier des pratiques d’engagement).

 

       Qu’on s’explique enfin. En premier lieu, revenons-y, il faut descendre. Partant, nous sommes convaincu que, ne serait-ce que par le poids de notre corps terrestre, cela participe à nous installer avec densité dans notre position, mieux : notre posture de « spectateur » (par défaut contentons-nous de cette identité convenue). Ensuite, comme si le « spectacle » (à l’origine, ce qui « attire l’attention ») commençait avant l’heure : l’espace scénique, non seulement n’est pas délimité, mais il semble se confondre avec la « salle ». En fait, il n’y a pour tout dire ni scène, ni salle. Des sièges sont certes installés, formant deux espaces communiquant, mais on découvre vite que certains de ces sièges sont « réservés » aux personnages.

 

 Hermione-Oreste-web.JPG      Arrivé de bonne heure, l’auteur de ces lignes a eu le loisir de s’installer à côté… d’Hermione. L’anecdote personnelle n’est rien au regard de ce que nous avancions précédemment : le théâtre de Béatrix n’est pas seulement vision, il est aussi, presque, toucher, odeur. Parfois épaule contre épaule avec Hermione (l’éminente Céline Barbarin), interpellé personnellement – il nous plaît de le croire – par le regard d’Andromaque la majestueuse Claire Lebobe-Maxime), dans l’espoir de sympathiser avec Cléone (la pétillante Françoise Jardel), au plus près de la folie d’Oreste (l’extrême Hervé Tharel), sentiments (l’intellectuel) et sensations (le corporel) participent à ce qui serait, si l’on nous autorise l’expression, une « mise en abysse » (en référence risquée à la « mise en abîme », le fameux « théâtre dans le théâtre » à la mode d’Hamlet).

 

       Pour autant, il faut se défaire de l’idée que la mise en scène d’Andromaque tient par ce seul vecteur de proximité entre acteurs et spectateurs. Parce que, au final, c’est peut-être avec Michel Béatrix (et il en sera peut-être le premier surpris s’il lit ces lignes) que nous avons mieux compris ce que voulait dire Brecht avec son Verfremdungseffekt, l’ « effet de distanciation » : ici, être au plus près de la scène nous en rend plus étranger. Et s’il y a théâtre (theatron), c’est un regard sur nous-mêmes (avec chacun notre part d’Andromaque, d’Hermione, de Pyrrhus, d’Oreste), regard nécessairement profond si l’on veut y voir clair.

Christian-Yves Pratoussy

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10 août 2009 1 10 /08 /août /2009 17:01
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Michel Béatrix : "Livret pour Andromaque"
1 - Andromaque… le temps des Amb(r)assades

               Lorsque l’idée, l’envie nous prennent de butiner les pollens de cette pièce, l’usage, le réflexe nous attirent généralement au miel et à la défense de la veuve et de l’orphelin. Andromaque est ce que l’on nomme un rôle titre. Mais il est intéressant de souligner (plus que de simplement noter) qu’il n’est pas le rôle principal. La comptabilité des scènes révèle 7 scènes pour Andromaque, 9 pour Pyrrhus, 11 pour Oreste et 12 pour Hermione. Des commentaires… ?

 

               Cette fois encore, l’humain fait les frais du politique : Andromaque est le prétexte de cette suite de l’histoire (l’Iliade) que re-conte la tragédie de Racine ; la mère est, avec son fils, le détonateur d’un conflit annoncé entre la Grèce et l’Epire ; comme Hélène fut celui de la guerre de Troie. Comme Hermione ne la sera ni de l’un, ni de l’autre. Nous entrons dans le vif d’un sujet à vif…

Jacques-Vettriano-1-copie-1.jpg« Quoi ?  sans qu’elle employât une seule prière,

Ma mère en sa faveur arma la Grèce entière ?

Ses yeux pour leur querelle, en dix ans de combats,

Virent périr vingt rois qu’ils ne connaissaient pas ?

Et moi, je ne prétends que la mort d’un parjure,

Et je charge un amant du soin de mon injure,

Il peut me conquérir à ce prix sans danger,

Je me livre moi-même et ne puis me venger ! »

Hermione : Acte V - Scène 2

… et dans l’intimité d’un couple ravageur et ravagé :

« Prenons, en signalant mon bras et votre nom,

Vous, la place d’Hélène, et moi, d’Agamemnon »

 Oreste : Acte IV - Scène 3


            Comment croiser les protagonistes de cette saga people sans penser à leurs géniteurs : avorteur, infanticide, « humains trop humains »… Embarras des choix : celui de croire que les enfants mis ici en pièce(s) sont les dignes successeurs de leurs héros de parents ; ou celui de déceler en eux, et plus que leur descendance ! leur logique dégénérescence, leur atrophie… Le choix aussi de les sentir et les reconnaître dignes successeurs de leurs déjà dégénérés géniteurs… même Achille, le demi-dieu. A tant nous effrayer par leur inconsciente et attardée adolescence, ils nous font aussi pitié : nous sommes de plain pied dans la tragédie, celle particulière sur laquelle flotte, avec une certaine et lasse langueur de vivre, Andromaque elle-même.

 

               Pyrrhus hésite à la croisée de tous ses possibles : fils d’Achille, il lui faut se faire un prénom. Velléitaire et toujours indéterminé dans sa fascination pour la veuve du héros (Hector) qu’a tué son père, Pyrrhus ressemble étrangement à Néron, le monstre naissant de « Britannicus ».

 

               Est-ce ne pas aimer des personnes/personnages que d’oser leur laisser prendre le risque, ou tenter la chance, d’être regardés en face, abordés par côté(s), sentis, compris… aidables ! avant qu’ils ne se mènent, les uns les autres et autant qu’eux-mêmes, à leur aussi propre que sanglante perte ? Est-ce ne pas nous aimer que tenter de nous mettre en garde autant contre nous-même que contre nos autrui ?

 

               Suivant ce qui est maintenant pour nous un impératif, nous jouerons la pièce en costumes contemporains : toujours le soin curieusement exigeant de ne pas travestir la parole en l’enfermant dans son berceau originel. Cette fois encore : le risque - aussi bien que la chance - de trahir l’auteur autant que de le révéler. 24h chrono. Les coulisses diplomatiques du sommet d’un G2. Vie publique – Vie privée. « Point de vue – Images du Monde » : le dit grand et beau. Ni faux grec, ni vrai kitch !


(Illustration : Jack Vettriano - "Dance me to the End")


2 - Nos pères, ces héros…

 

Beauvais-cimetiere-militaire-allemand-4.

Beauvais. Cimetière Militaire Allemand. Photo B. Maimbourg

 

               Oreste : fils d’Agamemnon et de Clytemnestre ; petit-fils de Léda et de Zeus qui l’a séduite en prenant la forme d’un cygne. Cousin donc d’Hermione par son père et sa mère: les deux frères (Agamemnon et Ménélas) ont épousé les deux soeurs (Clytemnestre et Hélène).


              Agamemnon : fils d’Atrée… les Atrides, ah…! Il tua le fils de son oncle Thyeste : Tantale, premier époux de Clytemnestre qu’il épousa, après lui avoir arraché du sein le bébé qu'elle attendait. Principal organisateur de l’expédition punitive contre Troie suite à l’enlèvement de la femme de son frère Ménélas, Hélène (mère d'Hermione), et retenu par la vengeance d’Artémis, il lui immole sa fille, Iphigénie, malgré l'opposition du demi-dieu Achille, son fiancé (et déjà père de Pyrrhus).


               Clytemnestre : fille de Léda et de Zeus, et donc sœur d'Hélène. Irritée par le sacrifice d’Iphigénie, elle se vengera en nouant, pendant la guerre de Troie, une liaison adultère avec Egisthe avec la complicité duquel elle tuera Agamemnon à son retour de Troie, avant d’être elle-même assassinée par Oreste.


Au moment où se déroule la pièce, Oreste, pour venger son père, a depuis peu tué sa mère.

 

               Hermione : fille de Ménélas et d’Hélène ; petite-fille de Léda et de Zeus. Cousine donc d’Oreste.

 

                Pyrrhus : fils d’Achille et de Déidamie.


               Achille : après l'enlèvement d'Hélène par Paris, sa mère, la divinité marine Thétis, le déguise en jeune fille et le confie à Lycomède, roi de Scyros, pour l’empêcher de partir pour la guerre, où elle sait qu'il doit périr. Achille séduit Déidamie, fille de Lycomède, qui lui donne Pyrrhus (Néoptolème). Après le départ, d'Achille, Lycomède élève son petit-fils jusqu'à ce qu’un oracle déclare que la ville de Troie ne peut être prise s'il n'y a, parmi les assiégeants, un descendant des Éaque. Les Grecs envoient alors chercher Pyrrhus qui n'a que dix-huit ans.


« … et la chair s’est faite cri, et le cri s’est fait verbe, et le verbe était chair…

               - Abîme…

Il l’avait examiné sous toutes ses faces, il l’avait retourné, infiniment pesé, détaillé et lui avait crié : « Abîme ! », tant il l’avait trouvé informe et vide entre ses mains.

- Ô solitude ! soupira-t-il. »

                    Michel Béatrix : « Son Nom de Lumière dans Carthage endormie »


3 - Jean Racine

 

Jean_Racine.jpg

1639

1664

La Thébaïde

1665

Alexandre le Grand

1667

 

Andromaque

 

1688

Les Plaideurs

1669

Britannicus

1670

Bérénice

1672

Bajazet

1673

Mithridate

 1674

Iphigénie

1676

Phèdre

1689

Esther

1691

Athalie

1699

 

2009

… et voilà !


4 - La Terreur et la Pitié

 

               « Humain, trop humain constitue le témoignage d'une crise (…) : « Là où vous voyez de l'idéal, je ne vois que des choses humaines, des choses, hélas ! trop humaines ! »... Je sais mieux l'homme... C'est le seul sens qu'il faille donner ici au mot de libre esprit : celui d'esprit affranchi qui a repris possession de lui-même. L'accent, le timbre de la voix se sont complètement modifiés. (...) Il semble qu'une certaine distinction d'esprit, une certaine noblesse du goût cherche à s'y maintenir constamment contre les courants de la passion. (…) Armé d'une torche dont la lumière ne tremble pas je promène une lumière aiguë dans ces souterrains de l'idéal. C'est la guerre ! Mais sans poudre et sans fumée, sans attitudes belliqueuses, sans emphase et sans jambes cassées, la guerre serait encore de l' « idéal ».

 

                J'étends posément les erreurs l'une après l'autre sur la glace ; je ne réfute pas l'idéal, je le congèle... Ici, par exemple, c'est le « génie » qui se frigorifie ; tournez au coin et c'est le « saint » ; le « héros » gèle sous une épaisse chandelle de glace ; puis la « foi », enfin la « conviction » ; il n'est pas jusqu'à la pitié qui ne se réfrigère fortement, presque partout on voit geler la "chose en soi"... »

Friedrich Nietzsche : « Ecce Homo »
DANTE-et-VIRGILE-by-Gustave-DORE.jpgGustave Doré : « La Divine Comédie »

 

                              « …véritablement mes personnages sont si fameux dans l'antiquité, que, pour peu qu'on la connaisse, on verra fort bien que je les ai rendus tels que les anciens poètes nous les ont donnés. Aussi n'ai-je pas pensé qu'il me fût permis de rien changer à leurs mœurs. Toute la liberté que j'ai prise, ç'a été d'adoucir un peu la férocité de Pyrrhus, que Sénèque, dans sa Troade, et Virgile, dans le second livre de l'Enéide, ont poussée beaucoup plus loin que je n'ai cru le devoir faire.

            Encore s'est-il trouvé des gens qui se sont plaints qu'il s'emportât contre Andromaque, et qu'il voulût épouser une captive à quelque prix que ce fût. J'avoue qu'il n'est pas assez résigné à la volonté de sa maîtresse, et que Céladon a mieux connu que lui le parfait amour. Mais que faire ? Pyrrhus n'avait pas lu nos romans. Il était violent de son naturel, et tous les héros ne sont pas faits pour être des Céladons. Quoi qu'il en soit, le public m'a été trop favorable pour m'embarrasser du chagrin particulier de deux ou trois personnes qui voudraient qu'on réformât tous les héros de l'antiquité pour en faire des héros parfaits. Je trouve leur intention fort bonne de vouloir qu'on ne mette sur la scène que des hommes impeccables mais je les prie de se souvenir que ce n'est point à moi de changer les règles du théâtre. Horace nous recommande de peindre Achille farouche, inexorable, violent, tel qu'il était, et tel qu'on dépeint son fils. Aristote, bien éloigné de nous demander des héros parfaits, veut au contraire que les personnages tragiques, c'est-à-dire ceux dont le malheur fait la catastrophe de la tragédie, ne soient ni tout à fait bons, ni tout à fait méchants. Il ne veut pas qu'ils soient extrêmement bons, parce que la punition d'un homme de bien exciterait plus l'indignation que la pitié du spectateur ; ni qu'ils soient méchants avec excès, parce qu'on n'a point pitié d'un scélérat. Il faut donc qu'ils aient une bonté médiocre, c'est-à-dire une vertu capable de faiblesse, et qu'ils tombent dans le malheur par quelque faute qui les fasse plaindre sans les faire détester. »

Racine : « Première Préface »


5 - Andromaque…

 

 

ELEGY-by-William-A.-BOUGUEREAU-copie-1.jpg            "…un sourire imperceptible flotte sur ses lèvres ; elle sait, mais ses usages ne le feront jamais paraître, qu'elle appartient à un monde désormais sur la voie de l'engloutissement.

            Ne lui reste que le front haut....

            Les trains ont déjà commencé à partir....

 

Autour d'elle flotte ce qu'elle déteste par-dessus tout : non pas la mort, qu'elle ne craint plus pour l'avoir regardée déjà les yeux ouverts, au-delà du supportable...

 

On peut, on peut, oui, mais au  prix fort, ne pas plier devant un corps mort qui est la moitié de votre chair. On peut, oui, mais à la condition expresse de savoir que votre propre corps n'est rien... Mais le pire : la compromission avec la mort, cette danse de pitres que  d'aucuns appellent la diplomatie, et les plus lucides le report d'un wagon... encore... Et savoir désormais que c'est dérisoire...

   C'est cela, son sourire...


               D'où le frémissement d'horreur intense (mais qu'elle feutrera - ou feulera) qui peut la saisir, comme glacée, quand les convenances - où la simple patience - lâchent devant les risibles atermoiements d'hommes-enfants aux poses mussoliniennes, soit grotesques, soit attendrissantes comme des boucles brunes sur un front que l'on voudrait caresser, parce que de séduisantes poses bravaches sont un  atermoiement face au vide…

 

               Oui, caresser peut-être encore (qui aime mourir ?).

 

Jacques-Vettriano-3-copie-1.jpg               Mais derrière : la conscience irréductible du vide, et cette conscience comme dernière noblesse...

 

               Et la conscience que derrière le vide d'autres voix appellent, qui sont le soubassement même de votre être, le prix de votre conscience, le poids de votre dignité, le sens même, passé au-delà du miroir, du mot "noblesse", le lest du monde, sans quoi il n'est, ce que Racine sait prodigieusement inventer, qu'un Zeppelin fou propre seulement à s'écraser sur tous les flans de montagnes que nos illusions nous présentent comme désirables...

 

On voudrait l'embrasement beau... ce n'est toujours que baudruche qui flambe...


Andromaque sourit... sa race meurt, son enfant est déjà mort. Le reste n'est plus qu'un jeu avec une tombe déjà creusée que l'on repousse parce que l'on se sent vivante encore, mais que l'on aime déjà, aussi..."                                                                                                                                                     Franck Laillaut de Wacquant


(Illustrations - William A. Bouguereau : "Elegy" - Jack Vettriano : "The singing Butler")


6 - « Pendant les guerres…

 

 

Elegy-for-a-Dead-Admiral-by-Jack-Vettria               … les mères inquiètes avaient mis au monde une génération ardente, pâle, nerveuse. Conçus entre deux batailles, élevés au roulement des tambours, des milliers d’enfants se regardaient entre eux d’une œil sombre, en essayant leurs muscles chétifs. (…)Ils savaient bien qu'ils étaient destinés aux hécatombes… mais quand même on l’aurait dû, qu’était-ce que cela ? La mort ressemblait si bien à l'espérance qu'elle en était comme devenue jeune, et qu'on ne croyait plus à la vieillesse. Tous les berceaux étaient des boucliers. Tous les cer-

cueils en étaient aussi. Il n'y avait plus vraiment de vieillards : il n'y avait que des cadavres ou des demi-dieux. (…)

               Trois éléments partageaient donc la vie qui s’offrait alors aux jeunes gens : derrière eux un passé à jamais détruit, s’agitant encore sur ses ruines ; devant eux l’aurore d’un immense horizon, les premières clartés de l’avenir ; et entre ces deux mondes … quelque chose de semblable à l’Océan, je ne sais quoi de vague et de flottant, une mer houleuse et pleine de naufrages, traversée de temps en temps par quelque blanche voile lointaine ou par quelque navire soufflant une lourde vapeur ; le siècle présent, en un mot, qui sépare le passé de l’avenir, qui n’est ni l’un ni l’autre et qui ressemble à tous deux à la fois, et où l’on ne sait, à chaque pas qu’on fait, si l’on marche sur une semence ou sur un débris. (…)

               Un sentiment de malaise inexprimable commença alors à fermenter dans tous les cœurs jeunes. Condamnés au repos par les souverains du monde, livrés aux cuistres de toute espèce, à l'oisiveté et à l'ennui, les jeunes gens voyaient se retirer d'eux les vagues écumantes contre lesquelles ils avaient préparé leurs bras. Tous ces gladiateurs frottés d'huile se sentaient au fond de l'âme une misère insupportable.

                                                       

                Les plus riches se firent libertins ; ceux d'une fortune médiocre prirent un état et se résignèrent soit à la robe, soit à l'épée ; les plus pauvres se jetèrent dans l'enthousiasme à froid, dans les grands mots, dans l'affreuse mer de l'action sans but.

               Comme la faiblesse humaine cherche l'association et que les hommes sont troupeaux de nature, la politique s'en mêla. (...) Mais des membres des deux partis opposés, il n'en était pas un qui, en entrant chez lui, ne sentît amèrement le vide de son existence et la pauvreté de ses mains. »

Musset : « Confession d’un Enfant du Siècle »

486px-Giovanni_Battista_Tiepolo_043-d-ta(Illustrations - Jack Vettriano : "Elegy for a dead Admiral" - Tiepolo : "Le SAcrifice d'Iphigénie")


 7 - « Où suis-je ? Qu’ai-je fait ? Que dois-je faire encore ? »

Acte 5. Scène 1. Vers 1393

 

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Photo : Olivier Driian 

Claire Lebobe-MaximeAndromaque : « Reine de Troie, butin de guerre. Reine, en Epire, du cœur de Pyrrhus. Anesthésiée : définitivement insensible aux joies, aux peines, aux plaisirs, aux douleurs, au bonheur, aux batailles et au repos. La vie continue et passe, sur laquelle je flotte comme un grand lys. Maternelle encore par réflexe. Royale jusqu’au bout : le trône d’Epire sur lequel je succèderai à Pyrrhus assassiné. »

 

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Photo : Olivier Driian 

Jean-Marc LouaisilPyrrhus : « Je sais : elle pourrait être ma mère, mais je l’aime. Et je suis son maître. Je suis sûr que mon père comprendrait. Enfin, je crois… ! Auréolé de son nom, de ses exploits et des miens, je me suis déjà fait, à dix-neuf ans, un prénom. J’aime et suis doublement aimé. Je jouis à plaisir égal de ma gloire et de mes amours. »

 

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Photo : Marion de Saint Vaast 

Céline BarbarinHermione : « Ah ! ne me parlez plus de ma mère : objet de guerre, sujet d’opéras et de plaisanteries… ! Ne parlez tout simplement plus d’elle ! Parce que moi je suis qui, je fais quoi dans tout ça, avec mon roi cocu de père qui continue à lui courir après, avec Pyrrhus, avec Oreste ? Je ne suis pas que la fille d’Hélène ! »


01323d-tail.jpgPhoto : Marion de Saint Vaast

Hervé TharelOreste : « Portrait chinois… Un objet : un pion. Une couleur : rouge crise. Un itinéraire : un labyrinthe. Un fil : Hermione. Une fleur : le désespoir du peintre. Un animal : le lapin blanc et pressé de Alice au Pays des Merveilles. Un mot pluriel et chaotique : dé-pression(s). Un pays : Hermione. Avec un éclat de rire qui gémit dedans. »


_G1L4941d-tail.jpgPhoto : Olivier Driian

Aurélien MétralPylade : « Au corps à cœur des amb(r)assades. Grandeur et misère de l’ami confident. J’aurais peut-être dû me faire psy : Oreste n’est pas toujours – on pourrait dire : jamais – facile à gérer. A force d’avoir peur pour lui, je finis par avoir peur pour moi. De quoi rira celui de nous deux qui, le dernier, rira… ? »


_G1L5051d-tail.jpgPhoto : Olivier Driian

Françoise JardelCléone : « Grande copine souffre-douleur d’Hermione à laquelle je me voue corps et âme. Naïvement complice de ses frasques, de ses ambitions et de ses tumultueuses velléités. Accompagnante fidèle, craintive, joyeuse, apeurée, admirative, négligée et… terriblement sentimentale. »


ANDRO-2009---Michel-BEATRIX.jpgPhoto : Marion de Saint Vaast

Michel BéatrixPhoenix : « Gouverneur de Pyrrhus après avoir été celui d’Achille, son père. Vieux briscard, spectateur distant de l’arène politique dans laquelle je n’accompagne le petit que par affection. Familier de toutes les têtes couronnées. J’ai bien connu Hector et Andromaque, avant la guerre. »


_G1L4939d-tail.jpgPhoto :Olivier Driian

Marion de Saint-VaastCéphise : « Confidente d'Andromaque qui me traite parfois de "geôlière sévère et autoritaire"... Je ne la comprends pas toujours mais respecte ses choix. Seule alliée qui lui reste, je la pousse à se révéler, à divulguer ses pensées, ses désirs, ses intentions tout en souhaitant qu’elle cède à Pyrrhus, qu’Astyanax soit sauvé et que la dynastie troyenne triomphe. »

8 - La Parole Théâtrale

2008.10-01b-CRYPTE.jpg                                                            Photo : M.B

         Voici donc le troisième rendez-vous auquel nous répondons avec ce lieu magique et généreux qu’est la crypte Saint-Joseph. Lieu d’accueil et de partage, il va, cette fois encore, jouer son rôle à plein puisqu’il sera celui-là même dans lequel Pyrrhus convoque et reçoit la Grèce et ses Ambassades. Parfums et rythmes d’avant-guerre…


          Pour son accueil et son écoute, nous remercions chaleureusement le père Jean-Rémy Falciolla, notre ami de longue date, rencontré en 1996 lors de la création du "Récit de la Passion" de Péguy dans le cadre des célébrations du centenaire de la basilique de Fourvière.


          C'est avec lui que nous avions conçu en 2003, dans le cadre du festival "La Chair et Dieu", de monter "Polyeucte" de Corneille à la cathédrale Saint-Jean (où une représentation fut donnée en plus de celles qui eurent lieu à l'église Saint-Martin d'Ainay). Le titre phare de ce festival nous a vivement interpellés sur notre art et notre vocation, et nous a incités à poursuivre notre travail de création sous son éclairage. Nous en avons éclairé la parole théâtrale et son acte, et ne l'avons plus trouvée seulement résonante d'humanité mais vibrante d'interrogations sur la création et son Créateur, fût-il nommé Dieu ou hasard. De ce point de vue, le théâtre est la célébration de l'homme et la liturgie de sa parole.

 

A ce titre, il nous paraît judicieux et urgent de la faire entendre et se réfléchir en nous dans les lieux propices à son écoute, sa réception et sa méditation, de lui rendre sa prééminence sur le spectacle. La Crypte Saint-Joseph peut devenir et être ce berceau d’Art et de Créations…


         Heureux et honorés d'être reçus et hébergés au sein de la communauté paroissiale, nous y vivons notre présence comme une opportunité de lui offrir celle d'y accueillir à son tour, et d'une façon plus large, celles et ceux, connus ou inconnus, qui, plus que du spectacle ou de la distraction - fussent-ils culturels - demandent et cherchent à se rencontrer.


          Depuis la création de « Polyeucte » de Corneille, la Cie Michel-Béatrix a monté « Tartuffe » de Molière, « L'Annonce Faite à Marie » de Claudel, « Les Bonnes » de Genet, « Dom Juan » de Molière et « Pilate » de J.Y Picq.

 

 

9 - De son propre aveu...


MB-par-Thomas-B22.JPGMichel Béatrix est « entré en théâtre comme d’autres entrent en religion ». Sans avoir jamais vraiment su à quoi, il s’est toujours senti appelé : c’est le propre des vocations.

 

La solide formation littéraire et théâtrale qu’il a reçu de ses maîtres et amis, la co-direction de l’Arcane-Théâtre (1975-1984) lui ont très patiemment appris à reconnaître, à suivre et à exprimer ses choix artistiques moins dans l’esprit d’un plan de carrière que dans celui d’un véritable apprentissage d’artisan.

 

Les auteurs classiques (Corneille, Goldoni, Hugo, Laclos, Molière, Musset, Racine, Shakespeare…) et contemporains (Anouilh, Gent, Ionesco, Mishima, Obaldia, Pinter, Tchekhov, Strindberg, Vauthier, Xenakis…) qu’il a joués et/ou mis en scène, ainsi que son propre itinéraire intérieur lui ont permis d’asseoir et de concilier métier et sensibilité.

 

03098.jpgDe Phèdre de Racine (1976) à Andromaque de Racine (2008) en passant par La Confession d’un Enfant du Siècle de Musset (1982), Les Liaisons Dangereuses de Laclos (1995), La Passion de Péguy (1996), Polyeucte de Corneille (2003), Tartuffe de Molière (2004-2005), L’Annonce Faite à Marie de Claudel (2007), Les Bonnes de Genet (2008), Dom Juan de Molière (2008) et enfin Pilate de Jean-Yves Picq (2009), un même fil conducteur a toujours guidé Michel Béatrix dans une interrogation sur l’Amour et la Langue leurs origines qui nous dépassent et leurs implications qui nous emportent

 

Homme de théâtre, de cinéma et de télévision, Michel Béatrix est un comédien à multiples facettes qui irise ses rôles, aussi bien que les comédiens qu’il dirige, de reflets variés qui soulignent la richesse et la densité des ombres qu’il sait leur et se préserver.

 

Carrière atypique que celle de ce comédien, auteur, metteur en scène et enseignant pour qui la pratique du théâtre est avant tout celle du Vivant. Pratique qu’il prolonge, développe et partage dans les stages qu’il anime sur le thème L’Intime et l’Apparent, ou en milieu scolaire dans celui des modules d’accompagnement dont il est chargé, pour l’étude des pièces inscrites au programme des classes de premier et second cycle.

 

" Le théâtre est la célébration de l'homme et la liturgie de sa parole. A ce titre, il nous paraît judicieux et urgent de la faire entendre et se réfléchir en nous dans les lieux propices à son écoute, sa réception et sa méditation. "

Photo : M.B

 

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4 août 2009 2 04 /08 /août /2009 22:25

 

Jusqu'au 26 juillet, vous aviez deux bonnes raisons pour venir apprécier Andromaque, la fameuse tragédie grecque que présentait pour clôturer sa saison la Compagnie Michel Béatrix : pour l'intensité des passions que les comédiens ne pouvaient que vous communiquer, et pour la fraîcheur bienvenue et le décor décalé que vous trouviez dans la crypte de l'église Saint-Joseph des Brotteaux. Un avant-goût de la saison prochaine ?


         

Destin, devoir, sacrifice, folie et amour passionnel s'entremêlent dans la pièce de Racine. L'histoire est tragiquement simple : Oreste aime Hermione, qui veut plaire à Pyrrhus, qui aime Andromaque, qui n'aime que son fils Astyanax et son défunt mari Hector. Chaîne amoureuse qui va inéluctablement exploser sous nos yeux.


Cette pièce de Racine, créée en 1667, arracha des pleurs à la cour royale, qui fut émue par le lyrisme de cette tragédie. Un peu plus de trois siècles plus tard, difficile de n'être pas ému à notre tour devant la quête désespérée de ces personnages qui courent dignement à leur propre perte. A souligner, la prestation des huit comédiens : ils nous livrent au plus près le cœur d'un texte, qui, loin de figer l'émotion par une rigidité supposée de l'alexandrin, la magnifie.
 

"Racine a besoin de vous"…

 

Ces mots laissés sur le livre d'or vont forcément droit au cœur de Michel Béatrix, le directeur et metteur en scène de la compagnie éponyme. "Comme pour Pilate, notre précédente pièce, "force" et "beauté" apparaissent à plusieurs reprises dans les commentaires des spectateurs. Mais ce "Racine a besoin de vous" est le plus responsabilisant !". Pourtant, la mise en scène a de quoi surprendre au départ : dans un décor de salon chic et épuré, où sont disposées des tables basses blanches que viennent seulement colorer quelques revues people, des chaises sont disposées tout autour.  Abolissant l'opposition scène/public, les comédiens viendront même au cours de la pièce s'asseoir à l'occasion près de vous ! "C'est un théâtre de chambre, le spectateur est là, à sa place".

Une transposition moderne qui rapproche paradoxalement cette Andromaque de son contexte originel : "avec ce décor et ses costumes symbolisant une réunion mondaine, comme par exemple les coulisses d'un G8, le but est d'adopter la même attitude que Racine avec ses contemporains. En plein dans son siècle, sa pièce contenait en effet beaucoup de similitudes avec des événements rythmant la cour du roi. A tel point que cela a gêné Louis XIV, qui pour dompter Racine en a fait son historiographe officiel... ce qui a d'ailleurs marqué la fin des grandes oeuvres du poète tragique."
 

La saison 2009-2010 se dé-crypte


Un an après avoir investi la crypte de l'Eglise Saint-Joseph des Brotteaux dans le 6ème arrondissement de Lyon, Michel Béatrix s'y plait : "ce lieu n'a pas tous les standards des salles classiques, avec leur guichet, leurs gradins... Et nous n'avons pas voulu la "déguiser" comme telle : du coup les gens sont surpris mais finalement détendus, ce qui modifie leur capacité de réception des pièces. Et ils n'ont pas à redouter des leçons de spectacle étouffantes !".


La saison prochaine y donnera donc rendez vous, mais pas seulement : "la saison à venir va être un peu spéciale. Nous commencerons du 3 au 29 novembre par la reprise d'Andromaque justement, puis nous entrerons en lien avec le calendrier spirituel, et jouerons 3 spectacles en mars, durant le temps de carême : "Le Récit de la Passion" de Charles Péguy ; la reprise de "Pilate" de Jean-Yves Picq  (pièce jouée en mars 2009, ndlr), pièce aride qui a pourtant déclenché une passion ; la création des "Avant-dernières Paroles de l’Homme" (de Michel Béatrix, ndlr). Nous profiterons ensuite du mois de juillet, période privilégiée de détente, pour une pièce qui pourrait être un reprise de L'Annonce faite à Marie. Cette pièce de Claudel avait remporté un succès remarqué en 2007 à l'Abbaye d'Ainay. Mais je me réserve un droit de joker pour cette dernière œuvre..."

Davy LAURENS : "SORTIR - LYON RHÔNE ALPES"

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