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2 janvier 2011 7 02 /01 /janvier /2011 17:27

VOEUX-2011b.JPG

"Tout ce que l'homme fut de grand et de sublime,

Sa protestation ses chants et ses héros

Au-dessus de ce corps et contre ses bourreaux

A Grenade aujourd'hui surgit devant le crime

 

Et cette bouche absente et Lorca qui s'est tu

Emplissant tout à coup l'univers de silence

Contre les violents tourne la violence

Dieu le fracas que fait un poète qu'on tue

 

Un jour poutant, un jour viendra couleur d'orange

Un jour de palme, un jour de feuillages au front

Un jour d'épaule nue où les gens s'aimeront

Un jour comme un oiseau sur la plus haute branche

 

Ah je désespérais de mes frères sauvages

Je voyais, je voyais l'avenir à genoux

La Bête triomphante et la pierre sur nous

Et le feu des soldats porté sur nos rivages

 

Quoi toujours ce serait par atroce marché

Un partage incessant que se font de la terre

Entre eux ces assassins que craignent les panthères

Et dont tremble un poignard quand leur main l'a touché

 

Un jour pourtant, un jour viendra couleur d'orange

Un jour de palme, un jour de feuillages au front

Un jour d'épaule nue où les gens d'aimeront

Un jour comme un oiseau sur la plus haute branche

 

Quoi toujours ce serait la guerre, la querelle

Des manières de rois et des fronts prosternés

Et l'enfant de la femme inutilement né

Les blés déchiquetés toujours des sauterelles

 

Quoi les bagnes toujours et la chair sous la roue

Le massacre toujours justifié d'idoles

Aux cadavres jetés ce manteau de paroles

Le bâillon pour la bouche et pour la main le clou

 

Un jour pourtant, un jour viendra couleur d'orange

Un jour de palme, un jour de feuillages au front

Une jour d'épaule nue où les gens s'aimeront

Un jour comme un oiseau sur la plus haute branche."

Louis Aragon

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16 décembre 2010 4 16 /12 /décembre /2010 12:59

VOEUX-2010-2011-v-OUI.JPG

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18 octobre 2010 1 18 /10 /octobre /2010 20:33

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"Les sanglots longs

Des violons

De l'automne... 

                                             ... gna-gna-gna-gna,

gna-gna-gna,

                                                                                                                             gna-gna-gna.

       Cet automne,  à Verlaine, je préfèrerai Apollinaire, moins par goût du beau que par celui du réaliste : "Automne malade et adoré...".

       Adoré... A re-doré. Le veau d'or est toujours debout, plâtré, béquillé, rebouté mais debout ! Toujours debout mais sacrément décati.

       Minothaure... délabyrinthez-moi vos embrouilles !... Parlez-moi d'Amour(s), de coups de foudre au coeur et à l'âme...!

       Photo0132La saison 2010-2011 nous marque le pas : temps d'attente. Il ne nous appartient pas en totalité de savoir s'il sera de rebond : le Projet Crypte est en réflexion. Nous avons essayer d'être aimables - et nous avons relativement réussi à l'être, mais...

     Le sommes-nous encore - en puissance et potentiellement, suffisamment - pour faire renaître de cendres tièdes le goût et l'appel à la Parole et sa proclamation ?

      D'autres voies s'ouvrent devant nous... celles où d'autres voix nous appellent, nous attirent : sirènes gardiennes d'une île claudélienne, triples et calmes parenthèses, suivantes  choéphores de leurs tourmentes encore proches et eucharistiantes éclaireuses de leurs tempêtes à venir. Hymne ?

"CANTATE A TROIS VOIX"

MAZILLE-2010-b-detailbis.JPG

de Paul Claudel - Mise en scène : Michel Béatrix

avec

Claire Lebobe-Maxime - Natasha Bezriche - Françoise Jardel

 

        « Une forge où, entre l’âme et le corps, entre le marteau de l’amour et du ciel, et l’enclume du désir et de la terre, l’humain se chauffe, se travaille, se trempe.

 VUE D'HOSTELVue depuis la première terrasse du château d’Hostel : décor de fond de « La Cantate… »

            « Trois femmes… trois âges, trois sensibilités, trois cultures, trois confessions. Sangs aux chants mêlés par la seule musique des voix et des mots. Musiques d’âmes… de corps donc. Attente, prière et espérance. »

1911       JUIN        2011

                 BELMONT                      LYON

à suivre ...

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5 août 2010 4 05 /08 /août /2010 10:47

GRÂCE AU CARMEL DE LA PAIX

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Mazille le 31 juillet 2010


      Quelque chose s'est passé, qui nous a dépassé, dont nous avons senti l'amplitude, et qu'il ne nous appartiendra pas de mesurer...

 

       L’ineffable, l’indicible du mystère, des mystères confondant le sacré et le profane, remettant ainsi l’un et l’autre à sa place dans l’unicité. L’article qui a été écrit n’en dit rien, les photos qui en ont été faites n’en montrent rien, sinon l’objectif : comme si, placés devant un appareil photographique, nous essayions de voir ce que de nous il voit et aspire et garde à transmettre. D’autre qu’une surface lisse, convexe et déformante, nous ne voyons rien ; grâce à quoi nous nous savons plus et mieux, parce qu’il nous faut nous savoir en deçà et au-delà de toute image graphique ou verbale. L’objectif nous renvoie à nous-même, aux uns aux autres, à notre place aussi, à notre fonction : aux uns pour les autres. Rien sans les uns et les autres ne serait arrivé, ne se serait passé, ne serait resté, ineffable, indicible…

       Moins que des mots, pour le rapporter il est besoin des gestes, des regards échangés ; il est besoin des sons, ceux de la chair non plus parlante ou silencieuse, enseignante et savante mais exprimante… exprimée !

DSC03207.JPG

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13 juillet 2010 2 13 /07 /juillet /2010 17:45

 

D'ENCRE ET DE LUMIERE

IMG 7912WEB-copie-1       "En ces temps insalubres, où rien ne vaut s'il ne rapporte, d'aucuns, parmi les "gens" de théâtre, et, pire parfois, le discours institutionnel (nous pensons à l'Education Nationale), justifient l'acte théâtral par sa fonction de lecture de la marche du monde. Mais avons-nous vraiment besoin du théâtre pour prendre conscience de la vanité et de la futilité de ce monde, de notre monde ? Michel Béatrix, en montant pour la troisième fois L'Annonce faite à Marie, ne s'inscrit évidemment pas dans cette logique. Il travaille l'oeuvre pour ce qu'elle est, il la scrute, il l'investit de manière quasi expérimentale. Et, du coup, il devient un indispensable "donneur de leçons" dans le sens le plus noble de l'expression. Béatrix édifie, élève, établit (à l'occasion, pensons à l'établi de l'artisan) : en un mot, Béatrix est un instituteur, qui "fait" la leçon, et ce, avec autorité. Cette autorité, là aussi à entendre dans le sens peu courant de la faculté à IMG 7749WEBdétailautoriser, est toute de générosité et de gratuité. Il autorise, ici, le spectateur à entrer dans le domaine claudélien, réputé inaccessible.

       La dernière "leçon" remontait à trois ans. Si le spectacle actuel est présenté comme une "reprise", il ne l'est évidemment pas. Il s'agit bien d'une création, et pas seulement parce que cette Annonce est donnée dans un nouveau lieu et que le coeur de la distribution a changé. En fait, en forçant le trait, ont été ajoutés au moins deux personnages. Non bien évidemment que Béatrix ait modifié le texte de Claudel, mais Pierre de Craon et Anne Vercors ont pris, il nous semble, une dimension nouvelle.

       DSC 3742détailWEBPierre de Craon, le bâtisseur de cathédrales, est d'ordinaire présenté seulement comme un élément perturbateur, pour reprendre le lexique canonique de l'analyse narrative. Mais, par l'interprétation qu'en fait Hervé Tharel, on voit bien que si perturbation il y a, Pierre de Craon en est bien la première victime. Pour faire un parallèle avec l'évangile de Mathieu (18,7), la version traditionnelle du rôle le présente comme celui "par qui le scandale arrive" (traduction de Louis Segond). Mais ici, lorsque, terrassé par la douleur, Pierre de Craon s'effondre face à Violaine, la version de la Tradition oecuménique de la Bible pourrait alors paraître plus appropriée : "Malheureux l'homme par qui la chute arrive". Pour autant, Tharel a une telle emprise sur le débit de la pièce que, personnellement, nous privilégierons celle de Chouraqui : "L'homme par qui vient le trébuchement". On sait que Chouraqui s'en est tenu à la littéralité du texte, et c'est bien cette littéralité dont Hervé Tharel est le vecteur dans la mesure où, tous autant qu'ils sont, les personnages de L'Annonce vont "trébucher", Violaine étant alors réduite à la seule marque visible du mal.

DSC_3789.jpg       Anne Vercors, lui aussi, est un nouveau personnage. Au risque de l'excès, lorsque - aussi impressionnant était-il - Alain Cuny n'en faisait, il y a bien longtemps, qu'un patriarche élu et, à notre humble avis, un peu monocorde et monotone, Michel Béatrix en fait un homme, un homme simple et doux, un homme sensible et courageux, dont on peut enfin comprendre les motivations à quitter famille et territoire.

       Et tous les autres (notamment Mara, interprétée par Claire Lebobe-Maxime, plus présente que précédemment, devient désormais un personnage plus complexe, et Elizabeth, la mère, second rôle à la scène, interprétée avec une justesse rare par Natasha Bezriche, occupe légitimement le centre de la hiérarchie familiale) ont eu droit non, donc, à une reprise, mais bien à un nouveau regard. Avec Béatrix, l'idée de spectacle vivant prend ainsi toute sa dimension, auquel le spectateur peut même avoir envie de prendre part. Ainsi,  nous pourrions déjà suggérer à Michel Béatrix, s'il mettait de nouveau l'ouvrage sur le métier, une nouvelle voie, inspirée de son récent Dom Juan, où il faisait jouer le  rôle titre par deux comédiens. Dans la mesure où Violaine et Mara sont l'expression d'une dualité certaine, les deux rôles pourraient être tenus inversement par la même comédienne, sous réserve pratique de mise en scène, que le talent de Béatrix lèvera vite, nous en sommes convaincu.

DSC_3949miroir.jpgDSC 3777LaMère

 

       Paul Claudel n'est pas un homme de théâtre, dans un sens limité et dramaturgique du terme : c'est un poète qui a le don des mots, de leur rythme, de leur musique. C'est un homme d'écriture, un homme d'encre. Michel Béatrix est, lui, comédien et metteur en scène : il sonde le verbe et lui donne le jour. C'est un homme de lumière."

Photos : 1-2-Marion de SAint-Vaast / 3-4-5-6-Ferruccio Nuzzo

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Paul Claudel : 1868-1955

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5 mai 2010 3 05 /05 /mai /2010 22:01

3ème reprise

du 7 au 25 juillet 2010


Crypte Saint-Joseph des Brotteaux

mercredi : 19h - jeudi, vendredi, samedi : 21h - dimanche : 17h

(relâche les lundis et mardis)

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CLAUDEL A LYON... DE TOUTE URGENCE !

     Du théâtre. Du très bon. Du comme-ça-devrait-toujours-être : dépoussiéré et physique, entièrement sur le bout de la langue. Rarement entendu un texte aussi dur à l'égard de la famille. Aussi fort. La distribution est ad hoc. Et le public en état de choc après chaque représentation.

Frédéric Houdaher

Avec

 Michel Béatrix

 Anne Vercors

Natasha Bezriche

 La Mère & Chants

Françoise Jardel

Violaine

Claire Lebobe-Maxime

Mara

Jean-Marc Louaisil

 Jacques Hury

Hervé Tharel

Pierre de Craon

*

       Jeune fille, Violaine a été désirée par Pierre de Craon, bâtisseur de cathédrale, porteur de la lèpre qu’à son tour elle a contractée en lui donnant un baiser.


        « Que sa jeune sœur ait saisi cette occasion pour lui prendre son fiancé ; que le père ait soutenue l’aînée, la mère, la cadette ; que l’aînée, malgré la déchéance survenue, ai pourtant prêté assistance à sa terrible sœur, que cette dernière lui ait montré sa reconnaissance en la tuant ; que les derniers moments aient été ceux d’un pardon général : voilà tous les éléments d’un drame domestique autour de la rivalité de deux sœurs que l’art et la fable n’ont cessé de répéter ou de retrouver. »

Michel Autrand

Méli, mélo, drame ou… mystère ?
IMG_7667WEB.jpg

        "Ici le baiser, qui doit être administré avec beaucoup de solennité. Violaine de bas en haut prend la tête de Pierre entre ses mains et lui aspire l'âme..."

Claudel : "L'Annonce..."  - Fin du Prologue

*

"Michel Béatrix amène ses comédiens à une incarnation splendide et épurée. Dieu soit loué !

DSC_4093web.jpg            DSC 4093DSC 4093Le texte révélé. Il arrive chez Claudel (ou Bernanos ou Péguy), que l’insistante ferveur religieuse de l’auteur étouffe parfois, par des chapelets prosélytes, la beauté simple des mots. Le grand mérite de Béatrix et de ses comédiens est d’avoir réussi par un jeu sobre, dépouillé de toute envolée mystique excessive et de génuflexions verbales (si l’on peut passer l’expression) à accéder à la chair du récit, à sa sensualité. Le « miracle » de la pièce y est ici traité de manière humaine et intelligente : libre à chacun de le recevoir selon sa conscience. Ensuite, pour désenclaver l’histoire de sa gangue catholique stricte, et lui conférer une plus universelle valeur, des chants empruntés aux cultures rom, kabyle ou juive ont été insérés pour accompagner certains points d’inflexion dramatique que Natasha Bezriche interprète avec grâce et feu (…) Enfin la pleine clarté qui enveloppe la scène nous conduit à vivre dans la proximité et à partager les affects des personnages. Un beau moment."

Vincent Raymond : « Tribune de Lyon » Juillet 2007

*

« O ma fiancée à travers les branches en fleurs...

DSC00161.JPG...salut ! » : la réplique de Jacques Hury est accompagnée, dans la première version de la pièce, de la didascalie suivante : « Il [Jacques] regarde, qui vient par le sentier sinueux , Violaine toute dorée qui par moments resplendit sous le soleil entre les feuilles ». Dans la seconde version, celle dite pour la scène, l’indication scénique est réduite à : « Violaine est au dehors, invisible ». A ce jeu des différences, on reconnaîtra que Michel Béatrix a fait le choix de cette dernière pour monter le spectacle proposé à Lyon l’été dernier. Car c’est bien derrière un rideau noir, la rendant peut-être et justement doublement invisible, que Violaine est dissimulée au regard de Jacques, qui paradoxalement la devine pourtant derrière des branches fleuries (il faut alors remonter aux deux premières version de La jeune fille Violaine pour bien percevoir l’évolution dramaturgique de cette scène qui, à nos yeux, est une des plus belles du répertoire du théâtre français).

            Pour autant, ce jeu des différences, tout aussi académique que mutin, est bien vain : nous le savons, la vie de Jacques va de toute manière chavirer (celle de Violaine ayant déjà basculé). A la fin de la scène, l’avenir fera désormais partie du passé, et rien n’y changera, quelque soit la version retenue. Rien ne compte plus alors que le talent d’un metteur en scène et de comédiens, qui, dans le cas présent, est éminent.

            Que ce fut en effet pour cette scène, mais aussi pour celle du baiser à Pierre de Craon, pour celle du départ d’Anne Vercors, pour celle bien évidemment où Mara vient présenter son enfant mort à Violaine, Michel Béatrix sait réinventer, et d’une certaine manière ré-initier (avec l’idée d’initiation du spectateur, voire avec celle très classique de catharsis), l’émotion originelle.

            Il y a, c’est vrai, comme une sorte de curiosité espiègle, pour un amateur, à se rendre à chaque nouveau rendez-vous claudélien que la scène propose. A l’abri des certitudes, celles que nous ont forgées nos maîtres et nos expériences, nous allons assister à des spectacles, à un Echange, à un Partage, à un Soulier, ici à une Annonce, et c’est finalement moins à la découverte d’un risque pris par un homme ou une femme de théâtre, qu’à la découverte de nous-même que nous sommes parfois convié. Ce fut tout du moins ici le cas, ce qui n’est pas aussi fréquent malgré les paris lancés par tel ou tel.

            DSC_3962.jpgCe pari, Béatrix l’a pris dans une église (Saint-Martin d’Ainay, à l’occasion du neuvième centenaire de sa dédicace) : ce qui n’est pas d’une originalité abyssale (l’auteur de ces lignes a peut-être plus vu d’Annonce dans une église que dans un théâtre !). Mais en prenant ce pari, il a aussi pris parti : celui de faire tenir un vrai rôle à cette église (à une chapelle latérale plus précisément). Il fait jouer le lieu : il profite de l’acoustique romane pour faire entendre des chants, pour beaucoup kabyles, intermèdes musicaux bien sûr non prévus par Claudel, mais tout à fait crédibles en la circonstance (interprétés, et du même coup rendus évidents par la comédienne qui joue le rôle de la Mère) ; la disposition de la scène, où s’installe de part et d’autre le public sur deux rangées de fauteuils, contribue à intégrer très naturellement les spectateurs à l’action (au départ d’Anne Vercors, ils sont même invités à partager le pain rompu par le maître de maison) ; Violaine, quand Mara lui rend visite, est réfugiée dans un confessionnal, lieu de l’isolement le plus absolu puisque seul Dieu, par l’oreille du prêtre, y est présent.

            Mais notre analyse ne saurait être, espérons-le, probante que si nous soulignions, en deçà des éléments qui la composent, l’humilité résolue de Michel Béatrix face au texte, ce qui nous rapproche comme rarement de la parole de Paul Claudel.

Christian-Yves Pratoussy : « Bulletin de la Société Paul-Claudel » Octobre 2007

Photos : Michel Béatrix - Ferruccio Nuzzo

*

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Photos : 1-3-5-6-F.Nuzzo / 2-M.de Saint-Vaast / 4-M.Béatrix

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5 avril 2010 1 05 /04 /avril /2010 13:42

suite 3 et fin

LYON, MAI 2010

DSC03358bweb 

       Cher Michel, cher Hervé,

 

       C'est absolument bouleversée que je suis sortie de votre re-présentation des Récits de la Passion, au point que je n'ai pu vous écrire immédiatement, comme vous le voyez d'ailleurs ! Ce spectacle était à la fois émouvant, poignant et déchirant : il mettait en scène la douleur comme on la vit, et non comme on l'imagine, ainsi que l'Espérance qui, chaque jour, guide nos pas.

 

       Votre jeu était une véritable prouesse, sans une seule minute de flottement, qui tenait les spectateurs en haleine du début à la fin de la pièce. Ce qui s'est déroulé dans la crypte était si intense que chacun a dû ressortir avec une impression de plénitude et d'apaisement, croyant sans aucun doute n'être resté que quelques minutes.

 

       Vous portiez avec vous toutes les questions, toutes les douleurs, tout l'espoir, toute l'âme de l'humanité. Vous nous avez montré tout à la fois les deux grandes facettes de l'être humain, telles que Baudelaire les définissait, à savoir "deux postulations simultanées, l'une vers Dieu, l'autre vers Satan", tout en nous apportant un sentiment de charité et de bonté. Après s'être enthousiasmé en votre compagnie, on ne peut plus regarder l'Homme de la même façon... Mais n'est-ce pas le but de tout comédien et de tout metteur en scène que de révéler aux spectateurs la société qui l'entoure ?

 

       Votre talent n'est plus à prouver ni à commenter : il nous porte vers une meilleure compréhension du monde, nous pousse toujours vers un au-delà auquel nous aspirons tous. Et les mots prononcés ce soir-là, tant ceux de Charles Péguy que les vôtres, Michel, m'ont totalement troublée et m'ont poussée à me remettre en questions. Que l'on soit croyant ou non, on est forcément interloqué devant une telle force de paroles, surtout à quelques jours de Pâques. C'est l'Amour et la foi en l'Homme qui nous restent lorsqu'on repense à cette soirée passée en votre compagnie : on ressent toutes les souffrances du Christ lors de la Passion, et l'on ressent également toute la portée du mystère qui prend vie sous nos yeux. Ce n'est pas un cri, ce n'est pas une révolte que vous représentez, c'est un véritable hymne à l'Amour, haletant, lyrique, fracassant qui s'incarne dans le Verbe. On aurait quasi pu fermer les yeux pendant toute la re-présentation pour se nourrir et se laisser bercer par les mots et par vos deux voix, symbole de l'âme humaine. Dans un lieu comme celui où vous nous invitez, comment ne pas se laisser envahir par une émotion viscérale, fascinante, par une agitation convulsive qui nous fait verser des larmes qui nous lavent à la fois les yeux et le coeur ? Ces larmes font fondre sa dureté, font de ce coeur de pierre un coeur de chair. Elles nous rapellent que nous sommes sensibles, vulnérables, émotifs, compatissants, traits de caractère que nous avons trop souvent tendance à refouler et que vous nous renvoyez en pleine figure, comme pour nous ré-apprendre ce que nous sommes réellement.

 

       Quant au texte proprement dit, s'il est, dans son ensemble, absolument fascinant, deux passages m'ont particulièrement touchée, et je veux vraiment vous remercier tous les deux. Vous, Michel, pour les avoir écrits, et vous, Hervé, pour les avoir déclamés : ce sont les passages qui concernent Judas. Judas le mal aimé, Judas le rejeté, Judas l'incompris. Depuis toujours, je ressens une affection toute particulière pour celui qui est resté dans la conscience populaire uniquement comme un traître. Pourtant, il est avant tout un apôtre, et c'est surtout celui sans qui rien ne serait arrivé s'il n'avait pas livré Jésus. Quand on soutient ce type de propos, en général, on est rgardé comme un phénomène : comment peut-on aimer, voire admirer ! un tel salaud ? Cette tendresse ressentie pour cet homme doit presque rester cachée, comme si elle était honteuse... Tout le monde oublie trop vite qu'au bout du chemin, Judas, rongé par le remords, a été le premier apôtre à rejoindre Jésus dans la mort... On pardonne sans aucune difficulté la trahison réitérée de Pierre, mais on juge Judas, on le déteste, on le renie. Ces vers, Michel, réhabilitent enfin cet ami, rappellent pourquoi il a accompli ce geste, perticulièrement quand vous écrivez : "Il te faut me livrer pour ne trahir personne". Dorénavant, grâce à vous Michel, j'ose enfin clamer haut et fort ma sympathie pour cet homme. Dorénavant, quand je pense à lui, c'est votre voix, Hervé, que j'entends, c'est toute l'émotion que vous mettiez à le défendre qui m'accompagne.

 

       L'association de ces deux textes est fascinante pour nous, profanes quant au discernement de leur sens profond. Nous pressentions une merveille et, grâce à vous, Michel et Hervé, nous avons eu accès au sublime. Merci pour cette déferlante d'émotions toujours renouvelée en votre présence.

 

       Très cordialement,

Anne-Claire Gourry

suite 2 :

 

LA QUADRATURE DU CERCLE
homme-vitruve

Propos sur Récits de la passion, de Charles Péguy et Michel Béatrix,

avec Michel Béatrix et Hervé Tharel, mars 2010

 

       Arriver bien avant le début du spectacle, fermer les yeux et se laisser gagner par le silence de la crypte de l’église Saint-Joseph des Brotteaux. Peu à peu, les spectateurs vont s’installer. Après le silence, les murmures. Et, déjà, le récit commence, grâce à ces murmures. Fermer les yeux : quand Marie de Magdala et Salomé s’approchèrent du tombeau où avait été enseveli le corps de Jésus (Marc 16-1), elles ne devaient pas parler d’une voix plus forte que ces visiteurs du soir assis dans la pénombre, dont le regard est irrémédiablement attiré par un drap blanc qui gît au sol.

 

       Michel Béatrix et Hervé Tharel, beaux aèdes vêtus de lin et de fil de coton, arrivent à leur tour pour réciter la Passion. Et déclament, et réclament. Ils déclament la douleur du Christ en Croix et de Marie, mère effondrée et martyrisée. Ils réclament la vérité de ces douleurs. Pour qui ? Pourquoi ? « Les romains n’étaient pourtant pas si méchants ». Le jeune charpentier était la fierté de ses parents. Puis, il y eut « la » mission. « Mission », terme scandé par Michel Béatrix, obstinément.

 

       A l’origine, ces Récits de la Passion sont d’une double source : des extraits du Mystère de la Charité de Jeanne d’Arc, de Charles Péguy, et Avant-dernières Paroles de l’Homme, texte inédit de Michel Béatrix. Sur scène (nous avons hésité un instant à écrire « sur Cène »), ces deux textes résonnent comme les deux interprètes se font écho dans la déclamation. Ces deux textes s’embrassent comme les deux comédiens se congratulent. Et c’est cette mise en Cène (osons-le maintenant) qui fait de cette pièce, contre toute attente, un spectacle moins poétique, en fin de compte, que politique. Quand il est question de la vie et du sort de l’Homme, dans la cité (serait-elle céleste, elle n’en est pas moins d’abord terrestre car Jésus est déjà là quand deux ou trois se trouvent réunis en son nom – Matthieu 18,20), ne s’agit-il pas de politique ? Pendant les représentations de ces Récits de la Passion, dans cette crypte austère, nous ne sommes pas seulement dans le mystique, mais bien principalement dans le politique, dans le sens le plus élevé qui soit. Où l’enjeu dépasse l’intention…


       Relevons au passage que le terme « représentation » est ici abusif. Béatrix et Tharel ne jouent pas. Ils ne sont pas dans la représentation, mais dans la "présentation", à entendre dans l’esprit de la Présentation de la Vierge Marie au Temple.

 

       Ces Récits de la passion, on l’aura compris – nous l’espérons – est une pièce extraordinaire, dans le sens premier du terme. Nous ne sommes pas dans l’ordinaire, à tout point de vue, et théâtral, et liturgique. Michel Béatrix se situe d’emblée, par la disposition scénique, dans une perspective alternative : plutôt que de s’inspirer (et cela aurait été très légitime déjà) d’une trinité évidente et rassurante, il installe son public en rond autour d’un espace de jeu quadrangulaire. On peut ne pas y être consciemment sensible, mais cette quadrature du cercle n’est pas la moindre des contestations au conformisme actuel, responsables probables de notre résignation et de notre désarroi contemporains. Comme un appel à la résistance.

 

       Et attendre, la main de Joseph d’Arimathée posée sur votre épaule, que les derniers spectateurs se retirent ; et goûter au silence du tombeau, cette fois vide, après la résurrection du Christ.

Christian-Yves Pratoussy

*

suite 1 :

 

ENTRE TOPLESS ET BURKA

LE NU FAIT D’EBATS DANS LES VOIX DU MILIEU

 

ENTRETIEN AVEC MICHEL BEATRIX PAR PAUL AYMIC

 

Paul Aymic : Michel Béatrix… l’affiche que vous avez conçue pour annoncer votre dernière création « Les Récits de la Passion » semble donc avoir provoqué quelques réactions… dirons-nous : négatives ? De rejet ?

 

(Rire de Michel Béatrix)

 

Michel Béatrix : J’en ris aujourd’hui, maintenant que vous m’en parlez, que je dois en reparler… mais j’avoue que le réflexe – que je dirai animal – avec lequel elle a pu être parfois reçue m’a plutôt blessé.

 

P.A : Pourquoi, comment cela ?

 

M.B : Une intuition artistique - et pour moi donc : spirituelle - que l'on veut censurer est un acte qui relève d'un désir de mutilation... ça c'est pour la blessure. Cela révèle aussi l'existence de mutilations opérées au secret de certaines sensibilités qui souffrent surtout d'en souffrir seules et sans le savoir.

 

P.A : Que s’est-il passé ?

 

M.B : La nudité, dès lors qu’elle ne sert pas à vendre des sous-vêtements ou des produits d’hygiène corporelle ou du rêve ou des vacances ou… n’importe quoi qui s’inscrive dans une démarche commerciale, sinon vénale ou mercantile, la nudité gène, provoque des réactions de rejets, d’hostilité, de points arrêtés et morts sur les passages protégés des volontés de non-compréhension, de non-écoute.

 

P.A : On peut regretter mais aussi comprendre que certaines sensibilités puissent être offusquées par la nudité affichée.

 

M.B : Moins offusquées par la nudité qu’effrayées par l’interpellation au retour à soi-même à laquelle elle les invite. Des voix de protestations se sont en effet élevées contre l’annonce des Récits de la Passion, placée sur l’affiche entre les parenthèses basses et hautes de deux nudités jumelles et opposées ; elles se sont élevées sans d’ailleurs rien élever d’autre que quelques clapotis de vagues ; elles n’ont élevé ni ceux qui les ont émises, ni aucun des rares qui les ont entendues ; ces voix se sont enflées d’envie de polémique plus qu’elles n’ont souhaité élever au moindre débat ; ces voix se sont écrites et postées comme des mains auraient voulu bâillonner, sinon étrangler à tant enrager de s’étrangler seules. Mais bon : Dieu reconnaitra les siens, et si je ne fais pas partie du lot au premier voyage, je sais qu’il m’expliquera pourquoi et saura me faire décrocher mon paradis au repêchage.

 

P.A : Et donc…?

 

jugement-dernier-michel-ange-buonarroti-1.jpgM.B : La fresque numérique de Aymeric Giraudel – qui, je le rappelle, procède de la même démarche artistique, du même modernisme pour illustrer l’Apocalypse de Jean, que celle et celui de Michel-Ange à son époque pour proposer à ses contemporains une illustration du Jugement Dernier dont est orné le mur de l'autel de la chapelle Sixtine – cette fresque m’est tombée sous les yeux sans que je la cherche. Le hasard (auquel je ne crois pas en tant qu’accident gratuit) m’eût pu proposer une autre image de foule, de lynchage, de folie que celle-ci pour imager l’accompa- gnement bestial de la montée au Golgotha. Mais ce n’eût été qu’une illustration faussement historique, sociale, et donc malgré tout rassurante, parce que représentatives de normes connues et reconnues. Les causes, les déchaînements de la montée au Golgotha dépassent… ou plutôt sont très en-deçà de ces deux plans-là. Ils sont précisément dans l’homme animal dépouillé, privé, amputé de son humanité : à nu !

 

P.A : Les corps chez Giraudel sont d’une beauté qui dément la laideur, la sauvagerie que vous voulez illustrer, dénoncer… ?

 

Eccehomo1M.B : Je trouve qu’ils ont la beauté hypnotique des pulsions grégaires, des hystéries collectives dont des peuples se sont souvent réveillés et sortis sans comprendre comment ils avaient pu y céder, y participer (ré-assénons encore et toujours les mêmes exemples : nazisme, Rwanda, Bosnie… mais il y en a quotidiennement de nouveaux, proches, bêtes et tout aussi dangereux : manifestations sportives ou/et politiques, etc…). A lire, tiens : "Mangez-le si vous voulez" de Jean Teulé (merci Bruno Rotival qui me l'a fait connaître). Ces "Récits..." - celui de Péguy comme le mien - attestent moins la divinité de Jésus le Nazaréen que la bestialité de l'homme.  Dans la fresque de Giraudel, le rythme du montage est double et tellement adaptée à la Passion.

ECCE HOMO Antonio CISERI 1821-1891

P.A : Vous parlez de montage... c'est le cas de le dire...!

 

(Rire de M.B)

 

M.B : En bas, un précipité de foule païenne et sculpturale, un élan, un mouvement ascendant de spectateurs allant à des jeux annoncés de cirque. C’est, au goût et désespoir du jour, le même mécanisme que celui du bouc émissaire. Simplement, cette « unique » fois-là, il s’agit d’un doux… comme un agneau. En haut : un arrêt sur image, une déjà éternité d’ascension dans une nudité qui elle est celle de l’Homme nouveau né.

 

P.A : Cela n'a pas pu sauter qu’à vos propres yeux...!

 

M.B : Certes non, heureusement ! Mais des yeux ont été voilés avant qu'ils ne voient. Eblouissante nudité ! Dénudante lumière qui éclaire en pleine face nos vérités les plus basses comme les plus hautes !

*

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15 mars 2010 1 15 /03 /mars /2010 20:22
Aymeric Giraudel : fresque numérique pour "L'Apocalypse de Jean"

«Heureux celui qui lit la Prophétie. Et heureux ceux qui l'écoutent et qui gardent les choses qui y sont écrites, car l'heure est proche. Ap 1/3

Le voici qui vient sur les nuées. Tout œil le verra. Même ceux qui l'ont percés et tous les peuples de la Terre se frapperont la poitrine en le voyant. Ap 1/7

Mais je vous reproche ceci : Vous avez abandonné l'amour que vous aviez. Ap 2/4

Et je vis s'élever de la mer une bête qui avait 10 cornes et 7 têtes

et sur ses têtes des noms de blasphème. Ap 13/1

Et à cette bête, le dragon donna sa puissance. Ap 13/ 2 b

Et toute la Terre, étant dans l'admiration suivit la bête. Ils adorèrent la bête en disant :

« Qui est semblable à la bête ? » et « Qui pourra combattre la bête ? » Ap 13/3 et 4

Elle ouvrit la bouche pour blasphémer contre Dieu. Ap 13/5

Puis je vis un nouveau paradis, et une nouvelle terre. Ap 21/1

Et j'entendis une voix puissante qui venait du trône et disait :

« Prenez garde, Dieu vit parmi les hommes. Il vivra parmi eux et ils seront son peuple.

Et Dieu en personne sera avec eux. Ap 21/3

Il essuiera chacune de leurs larmes. Et la mort ne sera plus, le deuil ne sera plus, pas plus que les pleurs ou la douleur. Car ces choses auront disparu. Ap 21/4

Aux assoiffés, sans faire payer, je donnerai de l'eau, de la fontaine de la vie. Ap 21/6

Mais en ce qui concerne les lâches, les impies, les corrompus, les assassins, les fornicateurs, les sorciers, les idolâtres, et tous les menteurs leur place sera le lac de feu. » Ap 21/8

Et il m'a dit : « Ne scelle pas les mots de la prophétie, car l'heure est proche. Ap 22/10

Prends garde... Je viendrai bientôt.» Ap 22/12


Dimanche 21 mars à 16h : représentation

17h45 : débat

QUAND DIEU SE LAISSE, CHAIR ET VERBE,
INTERROGER, PARLER, PETRIR... PAR L'HOMME.


avec la participation de

Gilbert BRUN
Vicaire épiscopal, service diocésain "Arts, Cultures et Foi"

Jean-Rémy FALCIOLA
Curé de la paroisse Saint-Joseph des Brotteaux

Daniel MOYAL
Relations judéo-chrétiennes auprès du Grand Rabbinat de Lyon

Hafid SEKHRI
Commission Dialogue Inter-religieux, Conseil Régional du Culte Musulman

DSC03294bis
«  Taedet animam meam vitae meae... »
2ème leçon des Matines de la Mort.

- Abîme…

Il l’avait examiné sous toutes ses faces, il l’avait retourné, infiniment pesé, détaillé et lui avait crié : « Abîme ! », tant il l’avait trouvé informe et vide entre ses mains.

- Ô solitude ! soupira-t-il.

Et c’était une mer au-dessus de laquelle, comme une expiration, une lente mouvance, son Esprit s’échappait en planant longuement : il avait le temps, le temps lui appartenait, il était son essence et son rythme.

          - Abîme, répéta-t-il.

          Et parce qu’en écho à sa voix, cet appel, cette presque condamnation, il lui répondit : « Répare ! », ce monde l’enivra de promesses qu’il eut envie d’éprouver.

          - Ainsi, la lumière sera, dit-il.

          Et ce fut une lumière qu’il sépara de la ténèbre à laquelle il avait crié : « Nuit ! », afin que l’une ne fût plus jamais semblable à l’autre.

          - Ainsi, quel bien ! souffla-t-il ;

          Et le bien ressenti fut tel qu’à l’oubli il relégua le mal. A la lumière il cria : « Jour ! », afin qu’il sût à jamais où était la ténèbre et qu’il s’en gardât. Là où commença l’une il dit : « Matin », là où commença l’autre il dit : « Soir », à fin de différence.

          C’était un jour et ce fut un signe. Et ce signe fut loi et ce fut le premier, et ce fut un appel à la réjouissance. Il l’entendit et se reconnut, s’éprouvant lui-même à l’épreuve : il vivait. Une fraction d’éternité, le souffle suspendu, son Esprit oscilla entre deux infinis.

          - Encore… murmura-t-il, étonné de lui-même ;

          Et pour s’assurer mieux, d’un infini à l’autre, et mieux se faire écho et se répercuter, entre la mer et lui il tendit une voûte qu’il nomma de ce mot qui sonna, plus long et plus intense jusqu’à se répéter, et qu’il entendit : « Ciels ». C’était un autre jour qui fut le second signe et le second appel, et la seconde loi. Il se réjouit de nouveau.

          Ainsi que de l’abîme il avait extrait la surface et son élévation, de la ténèbre la lumière, il conçut d’assembler la confuse uniformité des eaux afin qu’il sût leur contraire et leur complément. Il leur fixa un point et les y retira. A sa vue s’offrit le sec. Comme aux eaux il avait crié : « Mers », au sec il aurait voulu crier : « Glèbe », mais il était trop tôt : le sec était aride. Aussi cria-t-il : « Terre ». Puis, contemplant sous lui ces mondes moins informes, de nouveau il se dit :

          - Quel bien…

          Mais il ne parvint pas à s’en réjouir car ces mondes étaient vides et c’était la demande et, d’un appel encore, le signe persistant. Entre eux et lui, il se vit tout entier.

          - Ô solitude… répéta-t-il.

          - Réponse, soufflèrent les échos derrière lesquels il devina des images qui pouvaient lui ressembler.

          Roulant dans l’éternité profonde et l’appelant à ses formes, il sentit se déployer son inconnu désir qui disait :

          - Le jour est encore long.

          - Il faudrait, songea-t-il avec un nouveau soupir, que ces mondes s’animent, se meuvent et se transforment. Que puis-je leur donner qu’ils n’ont pas ?

          Les échos répondirent :

          - La vie.

          - N’est-ce donc que cela : la vie ? s’étonna-t-il. Et je serais le signe, l’ancien et le nouveau d’un même testament ?

          Il pénétra donc la lumière et s’en imprégna.

          - Ainsi, je suis la glèbe et la glèbe sera.

          Il se sentit frémir de réponses et d’appels, et comprit qu’il vivait. Il multiplia les signes sur le sec et dans les mers, dans les ciels et au-delà pour que les jours s’achèvent et que les jours commencent, et que leur cours ainsi s’écoule et se dénombre. Le reste, et jusqu’à la vapeur qui monta de la terre, ne fut qu’un jeu d’enfant.

          Et ce fut, aux faces de la glèbe – adama – un enfant dont la matière cria le nom et le soutint de sa poussière ; un enfant qui, de la forme des vies, reçut la conquête et son droit, toute domination et assujettissement.

           - Quel bien est le mien ! dit l’enfant.

          Pour le partager, il chercha autour de lui son image mais, où qu’il portât son regard, il ne se vit pas.

          - Vivante de l’homme, Isha Hava ! gémit-il.

          Et à son tour, dans le bruissant silence des faces, résonna son soupir :

          - Ô solitude…

          Dans ce souffle exhalé, le souffle de la glèbe reconnut le dernier signe et le dernier appel. Il le reçut, le sépara, il le renvoya à lui-même et dit :

          - Tout est accompli.

          Ainsi, jours après nuits, les matins succédèrent à la ténèbre et les soirs à la lumière : il en avait été comptés six.

 

          Au déclin du septième, dans le secret des obscurités, par strates successives et obstinées, de noires poussées sédimentèrent leurs excrétions qu’elles incrustèrent sur le dos des cathédrales…

 

Michel Béatrix : "Son Nom de Lumière dans Carthage Endormie"

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23 janvier 2010 6 23 /01 /janvier /2010 10:06


CRYPTE
SAINT-JOSEPH DES BROTTEAUX

du 9 au 27 mars 2010

RECITS
DE
LA PASSION
*
PEGUY - BEATRIX


avec

Michel Béatrix - Hervé Tharel

Aymeric GIRAUDEL The Prophecyhaut
"Et lui, en lui-même, il se disait : voilà ma mère...
qu'est-ce que j'en ai fait !
Voilà ce que j'ai fait de ma mère
cette pauvre vieille femme
devenue vieille
qui nous suit depuis vingt quatre heures
de prétoire en prétoire
et de prétoire en place publique..."

Charles Péguy

RV-2006.09-07-6b-A.D.P-sepia.JPG
"L'homme dont je suis fait, l'homme dont je succombe,
qui me tire à la croix, qui me pousse à la tombe,
l'homme me fait horreur. Je devrais l'aimer moins,
je pars pour l'aimer mieux : je vais l'aimer de loin."

Michel Béatrix

Aymeric GIRAUDEL The ProphecybasPhotos 1 & 3 : Aymeric Giraudel "The Prophecy"  - Photo 2 : Michel Béatrix

        Avec raison, nous pourrions être étonnés, frappés d'étonnement par cette inattendue oasis, source de mémoires et de célébrations, qui nous accueille au sortir du désert du temps de carême ; à peine allions-nous nous désaltérer aux rives abordées de la Terre Promise de Pâques qu’une voix  s’élève, seule, unique, pour nous dire : « J’ai soif » … !


    Opéra parlé. Duo de cris, de murmures, de douces-amères imprécations : le fracassement de Charles Péguy alterne avec le lyrisme de Michel Béatrix dans une  succession haletante de récitatifs et d'arie.

 

Textes

Charles Péguy : extrait du "Mystère de la Charité de Jeanne d'Arc"

Michel Béatrix : "Avant-Dernières Paroles de l'Homme".

 


Du 9 au 27 mars 2010. Tous les soirs à 20h30

Mercredi à 19h. Dimanche à 16h (Relâche le lundi)


P.A.F : 20€, 15€ (seniors, étudiants)

10€ (scolaires, dem. d'emploi, groupes à partir de 10 sur réservations, prof. du spectacle)

(réservations possibles dès à présent par contact de ce blog)

Crypte Saint-Joseph des Brotteaux : 99, rue Crillon. LYON 6ème (Métro A : Masséna) 

 

*

Charles PEGUY – 1873-1914

  Sources : Jean Bastaire


« Hein ! mon récit… Mon vieux, je n’y pensais pas, ça m’est venu quand je corrigeais mes épreuves, ça m’a tenu huit jours… Des choses comme ça, c’est dicté. »

 

Charles Péguy       Charles Péguy naît dans une famille modeste : sa mère, Cécile Quéré, est rempailleuse de chaises, et son père, Désiré Péguy, est menuisier. Ce dernier meurt d'un cancer de l'estomac quelques mois après la naissance de l'enfant, qui est élevé par sa grand-mère et sa mère.


       En 1885, il est remarqué par le directeur de l'Ecole Normale d'Instituteurs d'Orléans, Théodore Naudy, qui le fait entrer au lycée d'Orléans, et lui obtient une bourse qui lui permet de continuer ses études. Pendant ces années passées à Orléans, Péguy suit des cours de catéchisme auprès de l'abbé Cornet, chanoine de la cathédrale.


       Au lycée Pothier, quoique bon élève, il se fait remarquer par son caractère : en avril 1889, le proviseur du lycée écrit sur son bulletin : « Toujours très bon écolier, mais j'en reviens à mon conseil du dernier trimestre : gardons-nous du scepticisme et de la fronde et restons simple. J'ajouterai qu'un écolier comme Péguy ne doit jamais s'oublier ni donner l'exemple de l'irrévérence envers ses maîtres. »


       Il obtient finalement son baccalauréat le 21 juillet 1891. Demi-boursier d'État, Péguy prépare ensuite le concours d'entrée à l'Ecole Normale Supérieure au lycée Lakanal, à Sceaux, puis à Sainte-Barbe. Il fréquente encore la chapelle du lycée Lakanal en 1891-1892. C'est peu à la fin de cette période qu'il devient « un anticlérical convaincu et pratiquant ». Il intègre l'Ecole Normale Supérieure de Paris le 31 juillet 1894, sixième sur vingt-quatre admis. Entre temps, de septembre 1892 à septembre 1893, il fait son service militaire au 131ème régiment d'infanterie.


       À Normale sup', il est l'élève de Romain Rolland et de Bergson, qui ont une influence considérable sur lui. Il y affine également ses convictions socialistes, qu'il affirme dès sa première année à l'École. Lorsque éclate l'affaire Dreyfus, il se range auprès des dreyfusards. En février 1897, il écrit son premier article dans la Revue socialiste, et en juin 1897, achève d'écrire Jeanne d'Arc, une pièce de théâtre ; tâche en vue de laquelle il avait fait un important travail de documentation.


        A propos de la Commune de Paris 1870-1871 Charles Péguy a écrit dans Notre jeunesse : "Le 18 mars même fut une journée républicaine, une restauration républicaine en un certain sens, et non pas seulement un mouvement de température, un coup de fièvre obsidionale, mais une deuxième révolte, une deuxième explosion de la mystique républicaine et nationaliste ensemble, inséparablement patriotique".


DSC00313web-copie-2PEGUY ANTI-MODERNE 


       La réforme scolaire de 1902, portant sur les humanités modernes et l'enseignement secondaire unique, est sans doute la première occasion à laquelle Péguy exprime aussi violemment son rejet du monde moderne : « Comme le chrétien se prépare à la mort, le moderne se prépare à la retraite ». Dans ses Cahiers de la quinzaine, il écrit :


       « Aujourd'hui, dans le désarroi des consciences, nous sommes malheureusement en mesure de dire que le monde moderne s'est trouvé, et qu'il s'est trouvé mauvais ».


       Il se sépare ainsi peu à peu de la gauche pour rejoindre les rangs nationalistes et souhaite une guerre avec l'Allemagne pour recouvrer l'intégrité du territoire.


        Deux années plus tard, dans Zangwill, il allie ce rejet de la modernité à celui du progrès, « grande loi de la société moderne ». Péguy critique dans la modernité la vanité de l'homme qui prétend remplacer Dieu, et un certain avilissement moral auquel il est selon lui impossible d'échapper dans le monde moderne.


MORT AU CHAMP D'HONNEUR  Chartres-aux-Bles1web-copie-1.JPG

       Lieutenant de réserve, il part en campagne dès la mobilisation en août 1914, dans la 19e compagnie du 276ème régiment d'infanterie et meurt au combat la veille de la bataille de la Marne, tué d'une balle au front, le 5 septembre 1914 à Villeroy, alors qu'il exhortait sa compagnie à ne pas céder un pouce de terre française à l'ennemi. Un de ses proches, Joseph Le Taconnoux, a rapporté qu'avant son départ, Péguy lui avait affirmé : « Tu les vois, mes gars ? Avec ça, on va refaire 93 ».


*
PETITES HISTOIRES DE LA GRANDE : JANVIER 1873
- le 2 : naissance de Thérèse de Lisieux
- le 7 : naissance de Charles Péguy
*
UN ECRIVAIN MYSTIQUE 

MIRIBEL écrivain mystique-copie-1       Son retour au catholicisme a eu lieu entre 1907 et 1908 ; il confie en septembre 1908 à son ami Joseoph Lotte : « Je ne t'ai pas tout dit... J'ai retrouvé la foi... Je suis catholique... ». Cependant, son entourage remarquait depuis quelques années déjà ses inclinations mystiques ; ainsi, les frères Jean et Jérôme Tharaud se souviennent l'avoir fait pleurer en racontant les miracles de la Vierge, à la Noël 1902. Le 16 janvier 1910 paraît Le Mystère de la charité de Jeanne d'Arc, qui s'inscrit clairement dans la perspective d'une méditation chrétienne et manifeste publiquement sa conversion. La réaction du public catholique est plutôt méfiant. Son intransigeance et son caractère passionné le rendent suspect à la fois aux yeux de l'Église, dont il attaque l'autoritarisme, et aux yeux des socialistes, dont il dénonce l'anticléricalisme ou, sur le tard, le pacifisme.

       Pourtant, il ne devient pas catholique pratiquant. En effet, Charles Péguy n'aurait jamais communié adulte et n'aurait reçu les sacrements q'un mois avant sa mort, alors qu'il était sous l'uniforme.

LE MYSTERE DE LA CHARITE DE JEANNE D'ARC 
 
DSC03363       La pièce reprend, en la développant, une oeuvre plus ancienne de Péguy, Jeanne d'Arc, écrite en 1897. Les trois protagonistes sont toujours présentes : la petite Jeanne et son amie Hauviette, ainsi que Madame Gervaise (titre donnée à une religieuse). Le thème central de leurs échanges est à nouveau la question du mal et de la souffrance dans le monde, "mais les raisonneuses de 1897 sont devenues des contemplatives, debout, avec Marie, au pied de la croix". Cette dimension contemplative et mystique fait du Mystère de la Charité de Jeanne d'Arc un texte fascinant. Pour Pie Duployé, auteur d'une analyse de l'oeuvre de Péguy :

       "le Mystère ne révèle ni l'histoire de Jeanne, ni la pensée, fût-elle religieuse, de Péguy, mais sa prière. C'est, selon le mot de Bernanos, Jeanne écoutée par Péguy ; la prière de Jeanne telle que Péguy peut l'entendre sortir de son propre coeur, quand il cherche à représenter cette sainte, et à écouter sa prière".

        Au coeur de l'oeuvre : le Récit de la Passion.

LE RECIT DE LA PASSION 

DSC00330       Oser Péguy...! pour se débrousailler l'esprit et fouler de plain-pied le Mystère humanisé de la Croix ; pour entendre ceux qui sont allés jusqu'au bout intoléré de leurs convictions.

       Un homme, un cri : celui d'un poète - celui de l'Homme - les bras ouverts, vertical devant la mort, son angoisse et sa souffrance. Univers dépouillé où le temps se suspend pour remonter jusqu'à nous et, sur nous, repasser.

       Dans le Récit de la Passion de Péguy, la souffrance fait écho à l'angoisse et à l'amertume des Avant-dernières Paroles de l'Homme de Béatrix : la souffrance viscérale, la souffrance des entrailles puisque ce texte dit l'intuition, la perception, la vision de celle de la mère spectatrice cum-patissante de la souffrance physique de son enfant. Péguy nous prend de haut !... et nous redescend à un  niveau commun d'humanité entre Dieu qui s'est fait homme et nous, nous invitant à considérer la perspective divine dans laquelle nous pouvons... devrions nous placer.

       Jésus déborde des Evangiles. A sa propre flamme, il se brûle. Découlée de la Passion, Marie s'écoule et se répand moins en fonte qu'en fusion de regrets et de déceptions, d'interrogations égales ; de doutes aussi ; de larmes enfin.

       Jésus atteint son état absolu d'homme qui ne sait plus. Nous entrons dans le doute absolu, c'est-à-dire : conscient, c'est-à-dire : humain, quand la souffrance physique et morale est telle que la vie qui va nous être arrachée - à nous-même et à la présence des autres - semble soudain privée de tout sens, de toute cause et de toute finalité.

       "Et lui en lui-même il se disait : voilà ma mère, qu'est-ce que j'en ai fait..."  ; "Elle pleurait, elle pleurait, elle ne comprenait pas très bien".

AVANT-DERNIERES PAROLES DE L'HOMME 

Céline 2009.04 17bdétail       Au soir de ce que l'histoire chrétienne nommera Jeudi Saint, Jésus le Nazaréen essaie de prolonger le temps de ce qu'il sait être son dernier repas partagé avec sa famille et ses amis.

       Poème adolescent, plus de trente ans séparent la première version de 1970, qui comptait 104 vers, de celle de 2001 qui en compte 320 : un acte...!

       " Il est intéressant de noter qu'en 1970, je ne connaissais pas encore le Récit de la Passion. Il était pour moi naturel, évident de devoir écrire en vers ce récitatif, cette longue confidence, cette méditation limite, amère et nostalgique ; pour peut-être répondre et suivre mieux son appel : la pulsation plus intérieure que cérébrale du moment. La poésie jaillit, coule et s'écoule avec le flux-même des acceptations et des abandons finaux. Encore et toujours : l'alexandrin pour moi n'est pas une sophistication stylistique mais un écho de nos rythmes physiologiques.

       Je ne m'explique pas l'audace, la curiosité qui m’ont poussé à faire parler Jésus, surtout à ce moment-là : la veille de sa Passion, de son Patissement. La veille : aussi bien l’avant que l’attente, ce moment particulièrement lourd et dense et chargé où le film d’une aventure, d’une vie qui va se jouer, s’achever, se met en espoirs et en doutes, en questions et en demandes… En  pause. « Play – Pause – Record ». Qu’aurons-nous de cela enregistré avant que la théologie s’en mêle et s’y emmêle ? »

  V O Y A G E 

DSC00055b-copie-1       Lorsque vous faites du tourisme, rares sont les guides qui vous indiquent une direction, une contrée, un coin à visiter, à explorer et vous invitent, vous poussent à partir seul et à ne les retrouver qu'à la fin de votre excursion pour échanger avec eux vos impressions.

       Serait-il guide, celui qui accepterait peut-être, a fortiori qui goûterait que vous lui fassiez découvrir le petit ou grand quelque chose à côté duquel il aurait pu se faire qu'il fût toujours passé sans le voir ?

       Celui-là serait maître-guide qui vous laisserait le guider, l'enseigner.


       Prenez le large. Qu'il n'y ait rien entre vous et le large. Pas même vous. Quittez le port, virez de bord. Hissez les voiles, larguez les amarres. Prenez ainsi les textes : "dans leur plein, dans leur large, dans toute leur crudité", nous exorte Péguy ; à pleine bouche, à pleine voix, dans tout ce qu'ils veulent et peuvent dire, dans tout aussi ce qu'ils essaient de nous cacher pour nous le laisser mieux découvrir et révéler.

       Livrez-vous à la pêche effrayante et miraculeuse du sens et de la signification.

"Matelot d'une mer que hantent les Sargaces
je suis souvent parti et jamais revenu
je suis tout à la fois le poisson et la nasse
j'ai tout abandonné et je n'ai rien perdu."

Natasha Bezriche - Gilles Gastinel


LA MISE EN SCENE 

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       Oasis ou champ de bataille, cet espace-temps de « La Passion » ... ? Entendons bien : du Patissement !


       Le Jésus de ces Récits de la Passion est le Jésus d’avant, juste avant les Evangiles : les bras ouverts et tendus vers des frères qui vont l’ignorer, le repousser, le renier ; Jésus vertical devant la mort, son angoisse et sa souffrance. Ces récits sont ceux des calvaires parallèles et simultanés de Jésus et de Marie, ceux de ces quelques heures surhumaines, non plus dites et assénées comme un enseignement religieux mais livrées en confidences.


       Opéra parlé. Duo de cris, de murmures, de douces-amères imprécations : le fracassement de Charles Péguy alterne avec le lyrisme de Michel Béatrix dans une  succession haletante de récitatifs et d'arie.

 

       La mise en Cène est à l'amplitude autant qu'à l'intimité de la trajectoire acérée qui part du repas fondateur pour aller se clouer au centre crucifiant du tourbillon final : circulaire, tabulaire. Contraignante : le sens est lourd d'une table dressée à laquelle l'Hôte et ses commenseaux se sont assis sans pouvoir autrement qu'avec douleur et violence la quitter ou en être exclus avant la fin du repas.

 

       Le noeud mystique est, à tripes nouées, affaire de ventre et de nourriture temporelle pour pouvoir l'être au spirituel. Nous sommes bien ici en l'homme, entre hommes - hommes et femmes confondus dans une égale humanité avec l'Homme majuscule et singulier.


BRIBES ET NOTES 

Christian-Goret-carnivale.1228218544-n-b-legende.JPG       Ce ne sont pas des textes sacrés, cependant... quels sacrés textes !

       Affronter le consacré, le dessertir de son pinacle ; charger le fauve dans son arène, l'éviter, le contourner. S'appliquer à l'épuiser - à le faire sortir du puits. Le pousser dans sa querencia, l'en débusquer pour la lui voler. Jeu de cape et banderilles...

       Faena. Retrouver l'homme, l'animal - son sang sous le cuir, sa substance, s'en éclabousser tout entier. L'amener à son niveau en surmontant le sentiment de peut-être le rabaisser. Le malmener, le démonter. Le trahir en quelque sorte : prendre le risque de se tromper et celui de le révéler.

       Lire entre les lignes, sous elles. S'imposer la ponctuation, la pulsion charnelle du texte pour entendre l'idée simple, quotidienne, populaire. Désacraliser le texte ! A toute force le réouvrir, le battre, le marteler. Faire sauter l'un après l'autre chacun des verrous de la mise en forme derrière laquelle il s'enferme, se cache, pour dire le coeur ouvert du texte sous la pudeur de l'écrit formel.

       Travailler sur soi-même. Retenir l'émotion, les larmes : les susciter, non en jouer. Inventer, sinon trouver le compte à régler. Asséner le rebours compasionnel.

       Qui parle ? Homme ou femme, peu importe. Paroles apocryphes d'évangiles.

MISE EN PIECES DES TEXTES 

  VOIES CHEMIN DE FER n&b            Le monologue initial de Madame Gervaise dans le Mystère... n'est autre que celui de Péguy corrigeant les épreuves avant de les adresser à son éditeur. Dans ce dialogue avec lui-même, Marie se glisse, s'insinue, s'impose : verticale, encore et, jusqu'au bout, debout entre les bras écartelés de son fils.

 

       S'immisce aussi la voix du fils. Chez Péguy, dans les derniers instants : "Et lui, en lui-même, il se disait... ". Chez Béatrix, c'est elle dans toute la chair du Verbe. Dialogue à l'air libre des voix intérieures de l'inspiration ; parallèles enchevêtrées des voies de la création.

 

*

   « Michel Béatrix a réussi un découpage très significatif des textes de Péguy. »

Ph. Chabro : Vaucluse Matin


             « Qu’on vienne écouter ce texte d’amour et de douleur pour découvrir qu’il ne s’agit, pour être bouleversé, que de croire en l’homme. »

Nelly Gabriel : Lyon-Figaro


             « On a l’impression de porter un regard plus large sur le monde qui nous entoure. »

 Le Provençal


             « Un moment rare. A ne pas manquer. »

M-Jeanne Dufour : Le Progrès

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Karine-Brailly-detail.jpgPeinture de Karine Brailly

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19 janvier 2010 2 19 /01 /janvier /2010 11:37
EDITO 19 janvier 2010

Moins pour flatter l'Ego de l'homme inspirant que  pour rendre grâce et hommage au talent sensible, à la talentueuse sensibilité d'hommes inspirés autant qu'aspirant...

Merci à Christian
Pratoussy : "Andromaque en Profondeur" (re-voir plus bas) ; Frédérick Houdaer pour Le Coup de Grâce : "Passion" ; Jean-Luc Brachet pour Convergences
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* * *

ARTICLE COUP DE GRACE photo légendéeA quoi reconnaît-on un intoxiqué du Verbe ? A son corps (autant qu’à sa voix). Il faut être un athlète pour servir Claudel ou Genet. Les servir, cela signifie pour Michel Béatrix respecter la violence initiale, la nécessité intérieure qui a fait naître leurs textes, sans se vouloir plus catholique que l’un, plus révolté que l’autre. D’où la nécessité de ne pas manquer de souffle. Et le refus de jouer trop facilement au gros-bras.

 

               Michel Béatrix n’est pas le premier metteur en scène-comédien à avoir vécu sa découverte du théâtre comme une entrée en religion et à se soucier de faire résonner la langue française grâce aux pièces les plus fortes et (osons le mot) les plus « construites » du répertoire. Mais dire qu’ils sont légions à s’approprier ce combat, à parler en termes de « crise humanitaire du langage » serait mentir (sur Lyon, on songe à Renaud Lescuyer et à Schiaretti).

 

               En 1996, Michel Béatrix crée la compagnie qui porte son nom et fait entendre dans la crypte de Fourvière, le Récit de la Passion de Péguy. Là où certains spectateurs craignaient d’être assommés par un pensum… ils reçoivent une gifle qui réveille leur goût pour un  théâtre aussi écrit qu’incarné.

 

               Mains. B légendéeEn 2003, lors du festival « La Chair et Dieu » (un nom qui semble avoir été inventé pour Béatrix), c’est au tour de Corneille et de son Polyeucte de « réveiller les morts » à l’abbaye d’Ainay. Le succès public et critique est au rendez-vous.

 

               Béatrix récidive au même (prestigieux) endroit quelque temps plus tard, avec la complicité du père Jean-Rémy Falciola. L’arme du crime ? Claudel. Béatrix ne craint pas de mettre en scène l’Annonce faite à Marie (lors même que cette pièce a valu à Schiaretti une volée de bois vert de la part des tenants du culturellement correct), qui fait l’unanimité parmi tous ceux qui l’on vue. La « marque de fabrique » de Béatrix ? Pas grand-chose… le strict nécessaire, l’exacte mesure pour que le public vive une expérience dans une réelle proximité avec les comédiens, tout en ne se sentant pas agressé. Béatrix n’est pas de ces metteurs en scène qui « tiennent les spectateurs par la nuque pour leur plonger la tête sous l’eau ». S’il ne se réclame pas de Peter Brook, le travail de Béatrix est parfaitement résumé par l’idiome du vieux sage : « La simplicité n’est pas vertu puritaine, mais le chemin pour arriver à un théâtre ouvert ». Ou bien encore : « Nous cherchons la liberté absolue et la rigueur absolue ».

 

               Plus que d’une troupe, on peut parler d’une véritable cordée de comédiens autour de Béatrix : Hervé Tharel (de plus en plus impressionnant depuis Polyeucte), Claire Lebobe-Maxime et Céline Barbarin (les deux capables d’un jeu aussi subtil que solide). Ceux qui ont entendu les chants de Natasha Bezriche ou de François Gineste lors de l’Annonce… ou de Polyeucte ne les ont pas oubliés.

          

mosaique_pour_livret_copy.jpg         Résumons : Claudel, Corneille, Genet, Péguy, Picq, Molière, Racine… et pourquoi pas Montherlant tant qu’on y est ? Béatrix y songe (à aggraver son cas ?). Il y aurait aussi – forcément ! – Dostoïevski, mais à la seule condition de pouvoir présenter un travail d’une douzaine d’heures. Minimum. Et toujours dans cette crypte de Saint-Joseph-des-Brotteaux où Béatrix vient d’enchaîner plusieurs pièces : Dom Juan de Molière, Pilate de Jean-Yves Picq, Andromaque de Racine). En espérant pérenniser cette résidence artistique. On aurait tort de voir dans le travail de Béatrix les marques d’un quelconque repli identitaire. Nulle ostentation, nul prosélytisme chez le metteur en scène quand il affirme : « Je regarde en face ma culture, la culture judéo-chrétienne. Même au travers d’œuvres écrites parfois en réaction-négation à cette culture… Cette culture-là n’a rien de virtuelle. Je vis, je baise dans une réalité judéo-chrétienne, j’adore le goût du péché. »

FREDERICK HOUDAER

* * *

Michel Beatrix : « Il faut arrêter de viser bas : nos contemporains sont absolument aptes à recevoir des choses fortes, sincères. »

 

2007.09-26-2.jpgPeut-on encore être entendu en visant haut, quel niveau d’exigence avoir avec soi-même et avec les autres, comment interpréter des textes difficiles pour en restituer la petite musique, quel rapport entretenir avec les « faiseurs d’opinion »… ? En invitant ce mois-ci le Lyonnais Michel Beatrix, acteur et metteur en scène de théâtre, « Convergences » lève le rideau sur quelques pistes de réflexion.

 

Vivre en rebelle est un choix. Aller à contre-courant, un constat. A 56 ans, Michel Beatrix a pris l’habitude de vivre à contre-courant. « Le théâtre est une évidence depuis toujours » pour ce metteur en scène capable de remplir les salles en montant les spectacles de Péguy ou Molière, Claudel ou Racine. Elève à Oyonnax (Ain), ses professeurs le jugeaient à la fois « brillant et paresseux », et néanmoins tellement attachant. Il ne s’est jamais demandé ce qu’il ferait plus tard. Quand il explique au conseiller d’orientation qu’il se voit en acteur, celui-ci lui répond « oui, mais comme métier ? ».

 

Comme métier, il sera bien acteur et metteur en scène, dont il donne une belle définition, « faire s’interroger les spectateurs sur eux-mêmes ». A la différence du professionnel prêt à tous les compromis tout autant que de l’intellectuel qui n’en accepte aucun, il cherche dans ses mises en scène à transmettre le message de textes réputés difficiles, naviguant entre deux écueils qu’il refuse de la même façon.

 

dscn7101-photo-alain-Burdet.jpgCôté cour, il en a « marre d’entendre qu’il faut proposer des choses plus simples, plus accessibles » sous prétexte de s’adapter aux canons de l’époque. Sa conviction, c’est que « le public est sensible. Il faut arrêter de viser bas, les gens sont absolument aptes à recevoir des choses fortes, sincères ». A condition toutefois de réaliser ce travail de mise en scène, qu’il conçoit comme un rôle de passeur car côté jardin, si quelque chose le révolte, c’est cette mode des metteurs en scène qui « prennent soin de faire chier une salle ». Dans la bouche d’un amoureux de la belle langue, l’expression pèse de tout son poids.

 

Entre populisme et intellectualisme, Michel Beatrix, emprunte la porte étroite à la façon d’un André Gide, mais il n’en connait pas d’autres. Alors que le lycéen littéraire éprouvait des difficultés en mathématiques, le voilà quelques mois plus tard qui enseigne cette matière pour gagner son pain en attendant de pouvoir vivre de sa passion. Se souvenant de ses propres difficultés, il trouve les mots pour rendre la matière accessible. Ce qui est vrai de la matière scientifique le sera des « grands textes » du théâtre. L’important est de leur donner vie : « Le texte est une partition. Mozart a écrit do sol mi ré do, le musicien doit restituer toute la musicalité du Requiem. Quand vous proposez ‘‘l’Annonce faite à Marie’’ de Paul Claudel, votre travail est de permettre au spectateur de pénétrer en plein cœur de l’infini ouvert par l’auteur ».

 

Le metteur en scène lyonnais avait fondé en 1975 une première compagnie de théâtre. La lecture des bons auteurs ne prépare pas à celle des livres de comptes et comme il l’avoue lui-même, « je pensais que j’avais du talent et que donc tout m’était dû. J’ai planté ma banque de l’époque de quelques milliers de francs ». Nourri de l’expérience, Michel Beatrix fonde dans les années 90 une deuxième compagnie qui porte son nom. Sur le conseil d’un ami, il ouvre un compte à la Caisse de Crédit Mutuel de Lyon République, « parce que le contact y est très sympathique, et parce que le personnel comprend bien les spécificités du statut d’intermittent ».

 

DSC_4483-photo-Ferruccio-Nuzzoweb.jpgLa vache enragée ne l’a pas transformé en rebelle. « L’époque de Louis XIV a été une grande période, y compris dans le pourri et l’horrible – ça va ensemble » dit-il. Ce n’est pas du cynisme, les cyniques baissent les bras. Mais dans l’éternel dialogue entre Corneille qui décrit le monde tel qu’il devrait être et Racine qui le montre tel qu’il est, Beatrix serait plutôt racinien. Il poursuit son chemin en conservant toute son ambition pour les spectateurs dont les rangs sont d’année en année plus denses. Ce n’est pas grâce à la presse : « Les médias, je m’en tape, ils ne sont jamais venus. Maintenant, ils envoient des pigistes, plus personne ne sait écrire ! ». Un vrai drame pour cet amoureux des mots, de la récitation, de la langue. Mais aujourd’hui, il peut se payer le luxe de ne dépendre de personne pour faire tourner sa petite compagnie. Sa liberté acquise au prix du talent et de la patience, il s’en sert pour choisir ses pièces « à l’intuition ». Ne dépendant ni de sponsors privés ni de subventions publiques, il glisse : « J’ai admis qu’il ne fallait pas que je raisonne ».

 

Il a installé sa troupe dans la crypte d’une église lyonnaise. « C’est un lieu idéal pour proclamer la parole, à la source du spirituel. Pendant l’Antiquité, le théâtre était à côté du temple… ».  A ceux qui s’interrogent sur son goût pour Claudel et Péguy, il précise : « La France n’a pas encore digéré sa culture judéo-chrétienne, elle confond spiritualité et religieux. L’humanisme se nourrit du spirituel ».


2008.10-01-CRYPTE.jpgDans son désir de rapprocher les spectateurs des acteurs, il a fini par « tirer un trait sur le fossé entre les deux ». Dans la crypte de l’église Saint Joseph des Brotteaux, les rangées de chaise sont disposées au milieu de l’espace scénique, les spectateurs voient évoluer autour d’eux les acteurs. Pour ces derniers, l’exercice est un peu plus difficile. « Mais pour atteindre le Beau, il faut savoir aller au charbon, se salir » explique le metteur en scène. Pas peu fier du compliment que lui fit un jour le petit-fils de Charles Péguy à l’issue de la représentation d’une pièce de l’auteur. « C’est la première fois que j’ai l’impression d’entendre mon grand-père en personne ».

 

Le public est disparate. Des élèves de seconde et de terminale, parfois narquois au démarrage et souvent bluffés au dernier vers. Des vieux, des jeunes, bonne société et proche banlieue. Le théâtre  retrouve avec Michel Beatrix son caractère universel. De quoi réjouir celui qui se dépeint comme un « écologiste linguistique » qui se bat pour la sauvegarde du vers de douze pieds. « L’alexandrin n’est pas une sophistication précieuse. Il renvoie à quelque chose de nos origines, un rythme profondément humain, comme une pulsion cardiaque ! Il faut le donner à vivre et à entendre ».

 

Le rebelle rêve d’un autre fleuve. Etre à contre-courant influence le courant. Michel Beatrix aurait pu signer le poème d’Edward Bond qui écrivait pour la création de Lear au Royal Court Theatre en septembre 1971 : « Ne quittez pas le théâtre satisfaits. Ne soyez pas d’accord. Quittez le théâtre affamés de changements »

JEAN-LUC BRACHET

 

 

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